jeudi 12 avril 2012

Quelques nouvelles,
de Jean Millemann

Reçu le jeudi 12 avril 2012, 2 reviews

Résumé :
"Gris sombre et chatoyant, l’asphalte luit sous le soleil de la fin d’après-midi, quand la voûte des chênes qui le surplombe flamboie d’ors et de rubis. Les feuilles, comme tomberaient des cieux des plumes d’anges, glissent au sol en vols paresseux et nonchalants. La route est splendide, en automne, qui relie Plélan-le-Grand à Paimpont, lorsque s’élèvent de l’humus humide les senteurs des champignons, des cèpes peut-être, lorsque s’envolent les dernières hirondelles, lorsque roussissent aux taillis contigus les fougères qui s’endorment pour l’hiver.
Je la connaissais pourtant si bien…"

Mon avis :
Après la lecture de Sanshôdô, me revoilà en compagnie de Jean Millemann le temps de quatre nouvelles aux frontières du lyrique et des légendes. Plutôt qu'un résumé, c'est le début de l'une d'entre elle qui vient vous plonger dans l'ambiance particulière de ces petites histoires, pleines de magie et de poésie. Laissez l'action et l'aventure à la porte et venez vous relaxer en poésie !

Conte de la forêt qu'ont déserté les licornes
Approchez, venez plus près, n’ayez pas peur. Il fait froid, n’est-ce pas, dans cette clairière ? J’ai beau le savoir, moi-même, chaque fois que je m’arrête ici, j’en suis surpris. Si peu de chaleur… Comme si nous nous trouvions, ici, là où bat, glacé, le cœur d’un éternel hiver.
Avec un titre pareil, il n'y a pas à en douter, nous sommes ici en présence d'un véritable conte. Dans une atmosphère d'histoire racontée au coin du feu, le narrateur nous plonge dans la légende d'une clairière autrefois habitée par les licornes, qu'un dieu égoïste a fait fuir en voulant séduire l'une d'entre elles. Quelques pages à peine pour entrevoir ce conte aux allures féerique, qui finit sur une note assez surprenante.

Renaissance
Il a surgi, bondissant au-dessus des fourrés, d’un bond gracieux, les flancs couverts d’écume, l’œil affolé, son souffle court l’empanachant de buée. Comme s’il s’était, l’espace d’un instant, affranchi de la pesanteur, il a semblé voler, immobile dans les airs, ses bois à six cors éraflant le bleu du ciel. Le pied raidi sur la pédale, les bras tendus, la tête rentrée dans les épaules, je tentais de contrôler le dérapage de l’automobile. Puis le cerf, d’un sec claquement de sabots, reprit contact avec le bitume et bondit dans les buissons voisins, s’évanouissant dans les airs comme un rapide fantôme.
Pas de conte cette fois-ci mais la dure réalité d'un accident de campagne, et l’introspection mystique du point de vue d'un fantôme. On y suit le deuil d'un homme, sa reconstruction, et les questionnements du fantôme sur ce qui l'attend à présent. Va-t-elle rester à hanter la terre pour toujours, ou a-t-elle une mission à accomplir avant de disparaître ? Encore une fois, la fin apporte une agréable conclusion à l'ensemble, bien que les plus sceptiques auront probablement des réserves sur le sujet.

Elisabeth
Il y a, au bord de la route, à proximité de Strasbourg et ses banlieues, une gravière qui, aux beaux jours, attire en masse les estivants venus profiter de sa fraîcheur pour s'y baigner. Ce plan d'eau, depuis cet été, est définitivement fermé au public par de grandes palissades en bois et en béton qui font comme un blasphème dans la verdure. Fernand, jamais en panne d'imagination, m'a raconté une histoire à ce propos. Que cette histoire soit vraie ou fausse n'a que peu d'importance, en somme. Pour Fernand, sa beauté ne réside pas forcément dans sa véracité.
On reste dans le terre à terre avec cette nouvelle qui semble vraiment racontée de façon personnelle par l'auteur - il nous parle de son travail de gardien de nuit, un détail qui revient plusieurs fois, ainsi que de la région dont il semble être familier. Son ami Fernand lui assure avoir connu une belle jeune femme, insensible aux nombreux courtisans qui l'abordaient chaque jour lorsqu'elle allait se baigner au plan d'eau du coin. Que lui est-il arrivé, pourquoi la gravière est-elle fermée au public désormais ? L'histoire est brève, mystérieuse et pleine d'un romantisme un peu désuet caractéristique de l'auteur.

Le lac noir
Je suis gardien de nuit, ce n'est pas une tâche très fatigante ni très prenante, et elle me laisse le loisir de parcourir en solitaire les sombres massifs de sapins qui environnent les lieux. Je surveille une scierie dans les Vosges, située au bord du Lac Noir. Pourquoi cette étendue d'eau glacée porte un tel nom, je ne le sais que depuis peu. C'est tout récemment que je l'ai appris, l'autre nuit, alors qu'avec Denis, repus mais néanmoins inassouvis de notre continuelle fringale de bonne chère, nous rêvions à d'amples choucroutes surmontées de charcuteries en colonnes grasses et luisantes à la fois, et dont les sucs irrigueraient de tendres pommes de terre blondes à souhait.
Je gardai celle-ci pour la fin, sans doute parce que j'imaginais ma petite Snow bondir de joie à l'évocation de légendes sur sa région. On ressent ici moins la passion lyrique de l'auteur que sa volonté de partager une véritable légende, comme celles d'autrefois que nos grands-mère adoraient raconter avec le plus grand sérieux. Un mystérieux lac qui renferme des trésors, quoi de plus parfait pour laisser son imagination divaguer ?


Ne comptez pas plus d'une heure pour faire le tour de ces quatre nouvelles, recelant chacune un charme différent des autres. J'avoue peiner à m'attacher à des récits aussi courts, et préférer très légèrement l'aspect SF que possédait Sanshôdô, mais elles sont idéales pour se vider l'esprit l'espace d'un instant. À lire avant de s'endormir, pour s'assurer des rêves paisibles.



Retrouvez l'ensemble des titres sur le site des Éditions Astéroïde avec qui cette lecture a été réalisée en partenariat.


Reviews (2)

Le 12 avril 2012 à 13:11 , Snow a dit…

Alors là!
j'avais beaucoup aimé Jean Milleman dans Sanshôdô, mais s'il commence à raconter des histoires de chez moi (que je ne connais pas, et je devrais me punir pour connaitre mieux certaines légendes que celles de chez moi) je vais encore plus l'adorer! :D

Merci Lily pour la découverte :D

Le 12 avril 2012 à 13:13 , Miss Spooky Muffin a dit…

J'ai pensé à toi d'un bout à l'autre, je crois que tu ne lis pas en numérique encore mais si tu te lances, tu sais par quoi commencer !

 

Lilyn Kirjahylly Copyright © 2011, by The Scary Cupcake & Mr Pink Eyes
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