mercredi 21 mars 2012

Coupable,
de Poppy Z. Brite

Reçu le mercredi 21 mars 2012, 0 reviews

Résumé :
Composé de 21 textes (articles, essais, analyses, chroniques), ce recueil de non-fiction est une plongée directe dans la vie de l'auteur, y compris dans ses aspects les plus intimes. Elle y évoque ses passions littéraires, en particulier son goût pour les oeuvres de la décadence, son écriture, ses influences, de Charles Baudelaire à Stephen King en passant par William Burroughs. Chaque sujet, de commande, intègre un peu de la chair de son quotidien et permet de mieux cerner l'originalité de cet écrivain au romantisme noir et cruel qui bouscule l'univers culturel américain depuis son premier roman.

Mon avis :
Des années après ma première lecture, je me suis replongée dans ce livre terriblement intimiste d'un de mes auteurs fétiches. Pas d'horreur, de romance ou de personnage à se damner ici : rien que des pensées personnelles, des articles pour des magazines, quelques confessions et quelques coups de gueule, le tout enrobé par la plume toujours aussi expressive de cet auteur d'exception.

Ceux qui disent qu'il n'y a pas de poésie dans la violence n'ont pas assez bien regardé ou refusent carrément de regarder. Mais peu importe. Même si la poésie ne les trouve jamais, la violence finira par les trouver.

C'est par une étude sur la décadence que Brite nous introduit dans ce livre, nous livrant un aperçu de l'ambiance de la Nouvelle Orléans en y mélangeant un cours d'Histoire sur ses influences, les grands poètes écrivains décadents du XIXème siècle et la façon dont aujourd'hui, la décadence est devenue une étiquette à laquelle ont doit se rattacher avec précaution.

On quitte ensuite les mœurs douteuses de l'époque pour se tourner vers des réflexions plus personnelles. À travers huit "Coupable", l'auteur aborde les thèmes qui lui sont chers, les guerres qui font rage à la Nouvelle Orléans et ailleurs (notamment sa hantise du comportement des écrivains d'horreur qui se tirent constamment dans les pattes) et quelques hommages dont celui pour Mike Baker, rédacteur en chef du magazine Afraid, ou William Burroughs à qui elle écrit un fantasme nécrophile en guise d'épitaphe.
Elle nous offre également (pour ma plus grande joie) quelques conseils d'écriture, pointe les clichés à éviter et l'importance de laisser vivre ses personnages. Elle démontre comment la fiction nous permet de voyager dans les lieux et les esprits les plus inattendus, et nous liste au passage une série d'ouvrages indispensable à tout bon auteur d'horreur (tel Death to Dust: What Happens to Dead Bodies, recommandé au départ par Neil Gaiman).

Mais hors des fantasmes et souvenirs instantanés qu'on découvre dans ces Coupable, ce recueil est également truffé d'articles et réflexions divers. Les bon plans à Dublin et les meilleurs coffee-shops d'Amsterdam se disputent la vedette parmi des études sur le fandom de l'internet de l'an 2000, la décadence des jeunes filles et quelques statistiques et confidences sur les pratiques sexuelles d'un panel virtuel. Les histoires prennent parfois un tournant plus personnel, comme celle sur la poésie de la violence où elle expose sa fascination pour le gore, ou encore ses erreurs de jugement lorsqu'elle a tenté d'expliquer sa propre identité sexuelle aux médias.

On quitte son univers avec le récit troublant et douloureux de son addiction au Vicodin ES, un opiacé traitant ses douleurs de dos auquel elle est restée dépendante pendant des années avant de finalement s'en défaire. Impossible de rester insensible à toutes ces vérités crues, ces idées qui dérangent et ces études inhabituelles, qui offrent une perspective nouvelle sur un auteur tout simplement fascinant. Pour les fans, mais pas que.


Rendez-vous bientôt pour le prochain Poppy, même si je sens que ça va être serré pour finir le challenge à temps, je ne perds pas espoir !


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