mardi 30 août 2011

La rentrée des rats de bibliothèque
[participez !]

Reçu le mardi 30 août 2011, 13 reviews
les matchs de la rentrée littéraire
Comment ça c'est la rentrée ? Mais pas du tout, je pars en vacances bientôt...
Eh si pourtant, toute une tripotée de bouts de choux ont ou vont remettre les pieds sur les bancs de l'école (j'espère qu'ils auront les chaussures propres...), une autre d'étudiants va traîner dans les amphis de la fac, et pendant ce temps, les livres se la coulent douce dans les rayonnages. Enfin, pas tous, car pour certains, c'est la rentrée aussi ! Fraîchement publiés, fraîchement traduits, ils vont passer entre les mains de nombreux lecteurs avant que l'un d'entre eux soit choisi comme LE livre de la rentrée. Qu'on l'aime ou pas !

Je ne suis généralement pas portée sur les évènements saisonniers mais grâce à Priceminister, j'ai pu participer cette année à la sélection personnelle du site qui choisira des blogueurs pour venir parler de ces livres. Trouver une liste fiable et exhaustive des ouvrages de la rentrée littéraire n'a pas été une mince affaire, et c'est finalement par-ci par-là que je suis tombée sur les trois qui m'intéressaient :


C'est l'histoire de deux mondes, celui réel de 1984 et un monde parallèle tout aussi vivant, celui de 1Q84. Deux mondes imbriqués dans lesquels évoluent, en alternance, Aomamé et Tengo, 29 ans tous deux, qui ont fréquenté la même école lorsqu'ils avaient dix ans. A l'époque, les autres enfants se moquaient d'Aomamé à cause de son prénom, « Haricot de soja », et de l'appartenance de ses parents à la nouvelle religion des Témoins. Un jour, Tengo l'a défendue et Aomamé lui a serré la main. Un pacte secret conclu entre deux enfants, le signe d'un amour pur dont ils auront toujours la nostalgie.

Pas de surprise pour cleui-ci, mon engouement pour cet auteur japonais est déjà bien connu et j'ai même prévu d'acheter l'édition anglaise à sa sortie afin de terminer mon Haruki Murakami Reading Challenge. (D'ailleurs, je lis 1984 pour ne pas rater de référence, c'est pour dire ma dévotion.)


Les « vaches de Staline », c’est ainsi que les Estoniens déportés désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent sur les terres de Sibérie, dans une sorte de pied de nez adressé à la propagande soviétique qui affirmait que ce régime produisait des vaches exceptionnelles. C’est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l’héroïne, Anna, est une jeune Finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d’être acceptée, cette femme a tenté d’effacer toute trace de ses origines, et de taire les peurs et les souffrances vécues sous l’ère soviétique. Ne serait-ce pas ce passé qui hante encore le corps de sa fille ?
Sofi Oksanen fait preuve d’une grande puissance d’évocation quand elle décrit les obsessions de ces deux femmes. Il y a la voix d’Anna qui tente de tout contrôler, son corps, les hommes, et le récit plus distant de la mère qui se souvient de la rencontre avec « le Finlandais », à Tallinn, dans les années 1970, sous un régime de terreur et de surveillance.

Je pense que ce n'est plus un secret que je vis en Finlande (vous avez remarqué le titre du blog ? Devinez ce qu'il veut dire...) et il est grand temps que j'explore sa culture au-delà de Mauri Kunnas et Arto Paasilinna. Je n'ai entendu que du bien de cette jeune auteur et c'est avec plaisir que je découvrirai sa plume.



"Le blanc va aux sorcières, une couleur à porter de manière à ce que toutes les autres couleurs puissent vous pénétrer, que vous puissiez les utiliser." C'est une mystérieuse maison d'hôtes, sur les falaises, près de Douvres. Une maison vivante, magique, plus grande qu'on ne le croit, avec ses fenêtres comme de drôles d'yeux carrés, fatigués, son ascenseur déglingué, ses corridors, son escalier qui aboutit toujours dans la cuisine au clair de lune. Avec malignité, elle déploie ses charmes pour chasser ses habitants: Luc, le père et maître de maison depuis la disparition en Haïti de son épouse, la belle Lily Silver, plus précieuse que l'or; la Grand Anna à la chevelure très blanche qui dévalait en masse sur ses épaules; Sade, l'étrange gouvernante, gardienne des voix du passé; la teinte invariable des yeux gris de Miranda qui entretient un lien si fragile avec la réalité et son jumeau Eliot; enfin la belle et sensuelle Ore qui fait éclore le désir. Entre modernité et héritage classique, dans les pas des soeurs Brontë, d'Henry James ou d'Edgar Poe, Helen Oyeyemi, jeune auteur prodige, récompensée par le prix Somerset Maugham, nous offre avec Le blanc va aux sorcières un conte gothique et hypnotique, à la Tim Burton, et renouvelle le récit de la maison hantée, inscrivant les frissons qu'il provoque au coeur même de notre époque.

C'est peut-être la mention de Tim Burton, ou le mystère de cette histoire qui semble à la fois réaliste et magique qui m'a attirée, mais je dois dire que ma curiosité a été piquée par cette oeuvre d'une jeune auteur qu'on dit prodige et dont pourtant je n'ai jamais entendu parler.


Et voici la liste retenue par Priceminister pour que les blogueurs participent à cette rentrée :

Nestor rend les armes, de Clara Dupond-Monod
La belle amour humaine, de Lyonel Trouillot
1Q84, de Haruki Murakami
Les vaches de Staline, de Sofi Oksanen
Le Pacte des Vierges, de Vanessa Schneider
Désolations, de David Vann
Tuer le père, d’Amélie Nothomb
Des vies d’oiseau, de Véronique Ovaldé
Les souvenirs, de David Foenkinos
Limonov, de Emmanuel Carrère
Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan
Freedom, de Jonathan Franzen

Beaucoup de romans français, comme toujours j'ai envie de dire, mais quelques ouvrages intrigants tout de même, comme ce Limonov qui parle des aventures d'un bandit ukrainien. Et vous, ca vous tente ? Allez vite faire un tour sur le blog de Priceminister et envoyez votre candidature pour faire partie des blogueurs qui recevront un livre à chroniquer pour la rentrée littéraire. Vous pouvez même parainer vos amis pour lire encore plus de livres, n'hésitez plus !


Merci encore à Priceminister pour l'organisation de cette opération et peut-être à l'an prochain pour une nouvelle rentrée !




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jeudi 25 août 2011

The Troll Hunter,
de André Øvredal

Reçu le jeudi 25 août 2011, 0 reviews
Synopsis :
Armés d'une caméra vidéo, un groupe d'étudiants norvégiens se lance à la recherche de mystérieuses créatures qui sèment la pagaille dans la région. Durant leur traque, ils vont découvrir un mystérieux braconnier surnommé le "chasseur de Trolls".

Mon avis :
Lors du festival d'Espoo Ciné, occurrence annuelle qui bénit la (petite) ville d'Helsinki d'une flopée de films étrangers aux langues aussi variées que les thèmes, je me retrouve toujours à aller voir des ovnis du 7ème art, comme des pseudo-documentaires sur la chasse aux trolls en Norvège. Si si, en Norvège, il y a des trolls. Comment ça, vous ne saviez pas ? Attendez... vous voulez dire que le gouvernement essaye de masquer ça ? !

C'est en tout cas ce que va découvrir une petite bande d'étudiants de la Volda, région de l'ouest de la Norvège, qui décident de tourner un reportage sur un étrange type, prétendument chasseur d'ours sans permis. Sauf que la brute barbue à l'air hostile n'en a rien à faire des ours... ce sont les trolls qu'il chasse ! Un secret national bien gardé qu'il décide de partager avec ces trois jeunes curieux, sous prétexte qu'il est sur le point de jeter l'éponge et qu'il veut que la lumière se fasse sur ce cruel et dangereux business qu'est la surveillance des trolls.

Ça faisait longtemps que je n'avais pas vu de pseudo-documentaire sur un sujet aussi bizarre que celui-ci ; j'en aurais presque oublié que le mode "caméra à l'épaule" est légèrement vomitif dès que le cameraman court un peu. Et je peux vous dire qu'ils courent, les norvégiens ! Il faut dire qu'avec un Troll de 15 mètres de haut aux fesses, ils ne font pas les malins... l'évolution progressive de l'incrédulité vers l'acceptation des faits est appréciable, ils jouent vraiment les étudiants normaux mis face à une "vérité" extraordinaire et il est difficile de ne pas les trouver sympathiques.

L'humour est lui aussi bien dosé, les répliques sont lancées avec tellement de sérieux qu'on ne peut s'empêcher d'en rire, tout comme les acteurs qui vont faire les frais de leur naïveté. Côté effets spéciaux, pas un gros budget mais pas cheap pour autant, les trolls sont très bien réalisés et on a vraiment la sensation de se retrouver dans une histoire pour enfant avec les gros monstres poilus aux longs nez qui se changent en pierre à la lumière. Ajoutez à ça les paysages grandioses (bien que sous la pluie) des Fjords norvégiens et une langue des plus... originales, et vous avez là un film pas comme les autres, à voir pour le plaisir de voyager jusque dans l'imaginaire !

Ma note : 7,5/10


Titre original : Trolljegeren
Long-métrage norvégien
Genre : action, aventure, drame
Durée : 01h43min
Année de production : 2010
Distributeur : Universal Pictures International France
Date de sortie en France : 27 juillet 2011


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mardi 23 août 2011

La planète des singes : les origines,
de Rupert Wyatt

Reçu le mardi 23 août 2011, 7 reviews
Synopsis :
Dans un laboratoire, des scientifiques expérimentent un traitement sur des singes pour vaincre la maladie d’Alzheimer. Mais leurs essais ont des effets secondaires inattendus : ils découvrent que la substance utilisée permet d’augmenter radicalement l’activité cérébrale de leurs sujets. César est alors le premier jeune chimpanzé faisant preuve d’une intelligence remarquable. Mais trahi par les humains qui l’entourent et en qui il avait confiance, il va mener le soulèvement de toute son espèce contre l’Homme dans un combat spectaculaire.

Mon avis :
Film très attendu par la petite geekette que je suis, je n'ai pas tardé à aller voir cette préquelle de la fameuse Planète des Singes que Burton avait dernièrement réalisé avec... pas autant de brio que d'habitude, disons (pour être sympa). Ce nouveau avait cependant pour lui l'avantage de tout un tas d'effets spéciaux et de technologie moderne (adieu les déguisements de singes !) et connaître la fin ne gâche en rien le plaisir de découvrir ces fameuses origines.

Un labo, des expériences scientifiques... tout commence avec Will Rodman, joyeux petit scientifique persuadé d'avoir trouvé le remède à Alzheimer. Ou pas. Une erreur de parcours et c'est la mort de son projet, ainsi que des singes du labo... sauf un, qu'il va ramener chez lui et élever avec son père, lui même atteint de la maladie. Le petit singe dopé à travers sa mère va se révéler exceptionnellement intelligent, apprendre la langue des signes, réaliser des puzzles de plus en plus compliqués... puis décider de conquérir le monde.

Mais non, je plaisante ! Je ne vais pas vous dévoiler l'ensemble de l'intrigue qui, bien qu'assez prévisible, est plaisante à découvrir. Comme prévu, les technologies utilisées offrent un rendu assez époustouflant au film, surtout du côté des singes qui sont "animés" avec une humanité impressionnante (on retrouve mr Serkis derrière les traits de César, l'ex-mr Gollum). Si on ne cherche pas trop la petite bête, la succession des évènements est plutôt bien trouvée, l'action soutenue et les passages dans le "refuge" où César passe une partie du temps ont vraiment le chic pour donner envie de voir l'ex-mr Malefoy se faire mâchouiller le cerveau par un chimpanzé.

Le lien entre cette préquelle et l'histoire originelle est assez ténu (je vous conseille de rester pendant la première partie du générique pour bien le saisir) mais on en apprend quand même plus sur cette futur "conquête" de la Terre par les primates, et la qualité des images vaut le détour. Pas de quoi se plaindre des acteurs, ni des animaux, ni même des décors qui sont variés et parfois impressionnants. En bref, monsieur Burton, cette préquelle vient de mettre la pâtée à votre reboot, j'en ai peur !

Ma note : 8/10



Titre original : Rise of the Planet of the Apes
Long-métrage américain
Genre : Science fiction, action, aventure
Durée : 01h50min
Année de production : 2011
Distributeur : Twentieth Century Fox France
Date de sortie en France :
10 août 2011


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vendredi 19 août 2011

La marche du crabe : la Condition des crabes,
de Arthur de Pins

Reçu le vendredi 19 août 2011, 12 reviews
Résumé :
« Tournera, tournera pas ?... »
Depuis 400 millions d’années, toutes les espèces évoluent dans la joie et l’allégresse. Toutes sauf une : le Cancer Simplicimus Vulgaris, ou crabe carré. Cette sous-espèce de crustacés peuplant les rivages de l’Estuaire de la Gironde est frappée, depuis des millénaires, d’une étrange tare : elle ne peut changer de direction, et est condamnée à marcher selon une même ligne droite ! Mais... Durant un été comme les autres, pendant que les vacanciers profitent du soleil et des congés payés, trois petits crabes carrés vont se rebeller, et bouleverser ainsi l’écosystème tout entier !

Mon avis :
Moi et les Arthur, on doit avoir un bon feeling. En tout cas, celui de Pins ne m'a encore jamais déçu, et je ne sais si c'est à cause de ma passion étrange pour les animaux qui n'intéresse personne ou juste parce que les crustacés me font saliver, mais je mourrais d'envie de lire cet album. D'ailleurs, je l'ai dévoré à peine sorti du paquet, et je peux déjà vous dire que j'attends la suite avec impatience. Une révolution parmi les crabes carrés de Charente Maritime, c'est pas du délire franchement ?

Eh bien non, ce n'est pas du délire ! Car savez-vous qu'une terrible menace d'extinction pèse sur ces crabes carrés, petite espèce insignifiante qui ne sait se déplacer qu'en ligne droite et à qui les enfants aiment arracher les pattes ? Ne pouvant jamais changer de trajectoire, ils ne rencontrent presque jamais personne... au point où ils ne voient pas la nécessité de se donner des noms. Mais un jour tout va changer grâce à deux crabes, bien décidés à réécrire le futur...

Je sais qu'on dirait un peu du grand n'importe quoi, mais quelque part, c'est aussi ça qui est bon. D'un côté, on suit des crabes, tourmentés par ces salauds de tourteaux qui ne les laissent jamais tranquilles, et terrifiés des humains. Comme ils marchent toujours sur le même axe, leur vie n'est pas des plus palpitantes... jusqu'à ce que l'un deux trouve une nouvelle technique qui va révolutionner leur vie, ou presque. Et changer leur vision des choses. Et peut-être... changer le monde !

C'est ce que croient en tout cas les deux reporters, décidés à filmer leur petit quotidien de crabe en danger, au grand dépit de leur producteur qui rêve les envoyer dans le Serengeti pour filmer les lions en train de s'envoyer en l'air. La philosophie des crustacés est tout à fait jouissive, pleine d'humour, de petites blagues, d'anecdotes idiotes, et on s'éclate à les voir tenter de survivre au milieu de la terrible jungle de la plage. La conclusion de ce premier tome est à la fois surprenante et attendue, mais immanquablement marrante.


Cette BD a donc répondu à toutes mes attentes : un peu de n'importe quoi, de la philo de coquillage (qu'on peut aussi relativiser et appliquer au quotidien de certains, accessoirement), des fruits de mer et crustacés éclatants et de l'humour idiot à toutes les pages. Dommage qu'il n'ait pas autant de couleur que dans ses autres travaux mais le style graphique est toujours aussi plaisant - bref, on en redemande, un point c'est tout.

Ma note : 8/10



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mardi 16 août 2011

Abarat (tome 1),
de Clive Barker

Reçu le mardi 16 août 2011, 4 reviews
Résumé :
Candy Quackenbush s'ennuie à Chickentown, petite ville triste de l'Amérique profonde. Jusqu'au jour où elle pénètre par hasard dans le royaume magique d'Abarat, un archipel composé de vingt-cinq îles mystérieuses aux étranges habitants. Au fil de rencontres merveilleuses, émouvantes ou terribles, Candy va découvrir pourquoi cet univers lui semble curieusement familier et pourquoi elle se sent prête à y affronter tous les dangers...

Mon avis :
Voilà encore un de ces livres lus dans ma jeunesse, pour lequel je suis complètement tombée sous le charme et que je comptais relire sans faute un jour. Eh bien, voici ce fameux jour ! Quel bonheur de replonger dans l'univers riche et complexe de l'Abarat, en version originale cette fois-ci, tout en admirant les splendides peintures qui accompagnent cette histoire. Je vous emmène faire le tour des îles les plus incroyables que vous ayez pu imaginer !

"Every island is a different Hour of the day," he began by saying. "And on each island, you'll find all the things that our hearts and souls and minds and imaginations connect with that Hour."

Arrêtez votre montre, elle ne vous servira à rien ici. Car chacune des 24 îles de l'Abarat correspond à une heure du jour ou de la nuit, et le temps y passe différemment que dans notre monde, l'Hereafter. C'est ce que va découvrir Candy lorsque les eaux de l'Izabella vont l'emporter ainsi que son compère John Mischief loin de Chickentown, cette petite ville horriblement barbante du Minnesota, tandis qu'ils sont poursuivis par un agent du Seigneur de Minuit. De ses premiers pas dans l'Abarat jusqu'à la fin de ce tome, Candy ne va cesser d'échapper à ses poursuivants, de découvrir cet univers aussi étrange que merveilleux et surtout, de se poser des questions sur cet étrange sentiment de familiarité qui ne la lâche pas...

Que dire, que dire... ce livre est une espèce de condensé de tout ce qu'un bon livre devrait contenir : des personnages courageux, attachants, fouillés, un univers original qui regorge de surprises et de mystères, de l'action omniprésente, une trame de fond prenante, un style soigné et de magnifiques illustrations de la main de l'auteur. C'est un peu le must du must, si je peux me permettre. À mi-chemin entre jeunesse et horreur, Barker mélange les gentils aux allures de modèles et les méchants tout droit sortis de Hellraiser, certains se nourrissant de leurs cauchemars, d'autres élevant des insectes sous leur peau. Impossible de rester indifférent face aux multiples créatures que l'on y rencontre, aux paradoxes et aux merveilles qui croisent la route de Candy.

Parmi mes extraits préférés, une des comptines favorites de Mendelson Shape, agent au service du Seigneur de Minuit, qui fait sourire comme le chat du Cheshire. À réciter le soir, caché derrière la porte de la chambre de sa petite sœur, en prenant la voix de Vincent Price :
Scarebaby, scarebaby,
Where do you run?
Out in the graveyard,
To have some fun?
Dancing with skeletons
Up from the ground?
Doing a jig
On the burial mound?

Scarebaby, scarebaby,
Horrid you are!
With the wings of a bat,
And a face with a scar,
The fangs of a vampire,
The tail of a snake;
You open your mouth
And the noise that you make
Is a song that the Devil sings,
Bitter and loud.
Tell me, my baby,
Was your mother proud?

L'Abarat c'est donc tout ce que votre imagination a jamais pu inventer, une sorte de rêve éveillé dont on ne veut pas se sortir, une aventure extraordinaire comme on aurait voulu en vivre étant gosse. Avec ses peintures qui regorgent de couleur et de poésie, impossible de passer à côté de ce petit chef d'oeuvre d'un maître du fantastique, à l'originalité et la grandeur des plus inattendues.

"Don't you like that idea?"
"Liking it and having it be true aren't the same thing, Tom."
"Huh. Sometimes you need to let things strike your heart and not your head, Geneva."

Ma note : 10/10 (eh oui, rien que ça !)

À lire sans faute en version illustrée, bien sûr !



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jeudi 11 août 2011

Moi, Sporus, Prêtre et Putain,
de Cristina Rodríguez

Reçu le jeudi 11 août 2011, 4 reviews
Résumé :
Certains destins pourraient surprendre les dieux eux-mêmes. Qui aurait parié un sesterce sur l'avenir de Sporus, enfant prostitué et exploité par sa marâtre dans un bouge infâme de Subure ? Et pourtant... De tribulation en tribulation, il devient prêtre de Cybèle, une déesse orientale dont le culte inspire des sentiments partagés à Rome. Tout à la fois sacré et eunuque, respecté mais inculte, indiscipliné et rebelle, gouailleur et surtout irrésistiblement charmeur, ses imprudences lui valent bien des déboires. Mais Néron lui-même ne reste pas insensible à ce curieux garçon, et fait de lui son favori, et même son épouse, avant de sombrer dans la folie et la mort. Entre banquets, intrigues, fêtes et voyages, le jeune prêtre apprendra à ses dépens que la cour de Rome peut être aussi dangereuse que les forêts de Germanie...

Mon avis :
Je pense que mon engouement pour les romans de Cristina Rodríguez n'est plus un secret pour personne maintenant, et depuis mon coup de coeur pour Meurtres sur le Palatin je me suis mise en tête de lire tous ses livres que je pouvais trouver. Eh bien, on peut dire que j'ai eu le plus grand mal à mettre la main sur celui-là, et qu'il a fait un beau voyage avant d’atterrir entre mes mains ! Sa lecture n'en fut que plus délicieuse, et je me réjouis aujourd'hui encore d'avoir la chance de pouvoir le relire quand je le voudrais.

Sporus nous raconte sa vie à Rome pendant le règne de Néron, sa naissance à Subure dans une taverne où sa belle mère le prostituait, ses troubles avec la justice qui vont faire de lui un prêtre de Cybèle, une galle, et lui coûter la perte de sa masculinité. Mais au delà de cette souffrance, il va aussi raconter sa rencontre avec Néron, ce personnage laid et complexe qu'on hésite à aimer ou à détester, et nous plonger dans les mystères de la cour de l'époque auxquels certains peinent à survivre...

Comme toujours avec les romans de l'auteur, la partie historique de l'histoire n'est pas négligeable, et on découvre ici un autre visage de Rome, celle d'une ville qui adorait son souverain avant de se sentir abandonnée lorsqu'il part s'adonner à ses passions artistiques en Grèce. Si la complexité de la politique de Néron aurait pu être barbante, il n'en est rien ici car on l'aborde à travers les yeux de Sporus, illettré, qui a bien de la peine à se mêler aux affaires de Rome. Et c'est tant mieux quelque part, car c'est cette distance "romancée" qui donne tout sa fraîcheur et sa passion à l'histoire.

Une passion que ses personnages conduisent avec brio, bien sûr. Sporus en tête, dans sa qualité de narrateur, nous fait partager les faits marquants de sa vie avec une proximité parfois embarrassante. Que ce soit les manières révoltantes de sa famille, le comportement quelque peu dérangeant des galles de Cybèle ou la scène de castration en live qu'il nous décrit, difficile de rester insensible à ce jeune homme à la répartie bien sentie. D'un autre côté, son humour et sa sensibilité en font un personnage à plusieurs facettes que l'on suit avec plaisir, tourmenté par les (nombreuses) menaces qui planent au-dessus de lui et de son entourage.

L'impression finale qui en ressort est celle d'une roman pas tout à fait historique, pas tout à fait biographique, mais tout à fait passionnant. Il nous conte la soif de sang de Rome, sa soif d'amour, et à travers les yeux d'une simple galle qui aura les faveurs de son empereur, il nous conte la fin d'une dynastie telle qu'on n'en verra plus.
Et comme le dit l'auteur :
Ce roman n'est donc pas destiné à faire un cours sur l'histoire romaine, mais bien à amuser, à soulever un coin du voile, pour donner envie d'aller plus loin dans la connaissance de cette époque fascinante et de ses protagonistes, plus fascinants encore. J'espère qu'il remplira son office.
Je n'en doute pas un seul instant.

Ma note : 9/10



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vendredi 5 août 2011

Les vestiges de l'aube,
de David S. Khara

Reçu le vendredi 5 août 2011, 4 reviews
Résumé :
Depuis les attentats du 11 septembre, Barry Donovan est dévoré par le désespoir. Et ce n'est pas son métier de flic, dans un New York accablé par la criminalité, qui lui remonte le moral.
Son seul réconfort : les conversations virtuelles qu'il entretient chaque soir avec un certain Werner Von Lowinsky, aristocrate cultivé et apaisant. Peu à peu, sans s'être jamais rencontrés,
ils deviennent amis, se confiant leurs préoccupations les plus secrètes, échangeant sur les sujets les plus intimes. Mais Barry ignore encore que Werner n'est pas un homme comme
les autres...

Mon avis :
Il y a bien longtemps de cela, lors d'un certain swap, une certaine demoiselle m'avait offert un livre dédicacé de celui qui est devenu aujourd'hui une célébrité. Avant sa réédition chez Michel Lafon, Les Vestiges de l'Aube étaient un petit thriller publié chez Rivière Blanche, et c'est de celui-ci dont je vais vous parler...

On y retrouve Werner Von Lowinsky, vampire de son état, et Barry Donovan, flic à New York. Tous deux ont subi des tragédies. Tous deux s'ennuient. Au détour d'un tchat, ils font connaissance et se lient d'amitié, et Werner y voit une chance de retrouver un peu de son humanité en aidant son nouvel ami à résoudre une sordide enquête de meurtres inexpliqués. Mais Barry ne connait pas encore sa vraie nature et il craint que ses "méthodes" n'effraient celui qu'il tient tant à protéger...

Oubliez les histoires de vampires que l'on vous sort à toutes les sauces dernièrement : ici il s'agit de ce bon vieux type de vampire qui craint le soleil, fuit la compagnie et se complaît dans les discussions d'esthètes qui siéent à ses origines de gentleman. Pourtant, il ne craint ni l'ail, ni les pieux, et ne tue pas de belle demoiselle tous les trois jours : Werner est une mystérieuse créature qui préfère philosopher sur son existence, sa condition et sa relation avec le reste du monde. Quant à Barry, il est ce flic que l'on voit souvent dans les polars, pas l'idiot bon à rien mais celui qui est vraiment consciencieux, impliqué sans son travail et soucieux de faire régner la justice. Un type assez banal, en somme.

Il y a une chose qu'il faut savoir sur moi, c'est que je n'aime pas les livres policiers. Je n'ai jamais pu comprendre l'engouement des gens à savoir qui a tué qui : et alors ? Qu'est-ce que ça peut faire ? Si ceux contenant une intrigue tortueuse avec indices à relever arrivent encore à retenir mon attention, les simples enquêtes sous la direction d'un personnage des forces de l'ordre "déjà vu" n'ont pas cette chance. Et j'ai bien peur que ce livre se classe exactement dans cette catégorie.

L'enquête en soi n'a rien de palpitant, des hommes d'affaires assassinés, pas de quoi frémir. Werner est un personnage original mais ses incessantes questions et réflexions m'ont rapidement lassée, et le monologue réglementaire sur son histoire et la tragédie qui l'a vu naître m'a vaguement barbée. Quant à Barry, l'apitoiement lié aux évènements du 11 septembre qu'il suscite m'a laissée de marbre, tout comme son caractère un peu trop convenu. Si leur amitié reste un des points forts de ce livre, je l'ai tout de même trouvée légèrement surfaite, et elle n'a pas suffit à améliorer mon impression générale.

Ne partez pas en courant, ce livre a reçu nombre de bonnes critiques sûrement méritées, et je ne doute pas que tout amateur de thriller y trouvera largement son compte, si l'on ignore l'épilogue superficiel. Mais si vous aussi, le terrorisme ne vous émeut pas plus que les prostituées mortes, laissez tomber : ce livre est exactement ce qu'il prétend être, un thriller fantastique. Rien de plus, rien de moins.

Ma note : 6/10



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jeudi 4 août 2011

La vengeance du wombat,
de Kenneth Cook

Reçu le jeudi 4 août 2011, 5 reviews
Résumé :
Une rencontre dans un bar, quelques bières fraîches, un rien de faiblesse, et voilà Kenneth Cook, écrivain d'âge mûr « en léger surpoids », embarqué dans d'incroyables aventures où la faune humaine et animale du bush joue le premier rôle. Kangourou suicidaire, koalas explosifs, wombats vindicatifs, reptiles dérangés, chercheurs d'opales amateurs de paris stupides, Aborigènes roublards : ils finissent toujours par contrarier son penchant naturel pour le confort. Heureusement, car Cook en tire une brassée d'histoires plus vraies que nature, racontées avec un art consommé du gag, dans toute leur improbable hilarité.

Mon avis :
Kenneth Cook, c'est un peu mon aventurier chouchou, l'Indiana Jones du bush australien à qui il arrive les pires choses sans jamais qu'il ne demande quoi que ce soit. Ses mésaventures avec le koala tueur m'avaient fait mourir de rire et je n'ai pas pu résister à cet autre recueil, sous le signe du wombat, pour me replonger dans la cambrousse, au milieu des adorables kangourous suicidaires et des charmeurs de serpents fous.

Sous forme de nouvelles aussi nombreuses que variées, Kenneth nous emmène visiter l'Australie. Mais pas Sydney et ses buildings, non : la campagne australienne, ses patelins où rien ne se passe jamais, où les aborigènes sont des roublards et les locaux de grands malades. Surtout que l'auteur est tout à fait ce genre de mec pas sportif, pas très courageux et pas du tout aventureux, et qu'au lieu de le laisser tranquille, quelqu'un trouve toujours le moyen de l'embarquer dans une aventure pas possible. Une leçon de survie et de savoir vivre qu'il vaudrait mieux ne pas oublier avant de visiter le bush !

Je l'avoue, la bêtise de Kenneth me fait toujours autant rire. D'abord parce qu'il faudrait être fou pour accepter les propositions qu'on lui fait — je pense par exemple à ce pêcheur qui l'a emmené à la pèche aux requins, lui qui en est totalement phobique —, et ensuite parce que malgré ses mésaventures, il semble toujours retomber dans le même panneau. S'il y a bien une chose que je ne ferais jamais si je vais dans la campagne australienne, c'est mettre les pieds au pub : il est apparemment impossible de refuser de boire un coup quand quelqu'un le propose (invariablement), de payer le sien ensuite, et de frôler la mort avant la fin de la journée à cause des dégénérés qui passent leur temps à faire des paris tout et n'importe quoi.

Du chercheur d'opales roublard au guide touristique filou, Kenneth va se frotter à une belle panoplie d'individus rivalisant tous d’ingéniosité pour lui faire vivre des aventures improbables. Les animaux ne sont pas non plus en reste, en commençant par ce féroce wombat ayant légué son nom au titre, puis des serpents mortels à attraper, un kangourou suicidaire, un requin géant... vous saurez tout sur la capture de ces bêtes sauvages, et surtout sur la façon de se prendre une belle raclée de leur part !

Bref, vous l'avez compris, je suis toujours aussi heureuse de retrouver la mauvaise foi du pire aventurier du monde dans ces courtes nouvelles aussi drôles qu'exotiques. Quel dommage qu'il nous ait quitté sans laisser derrière lui un peu plus de ces délicieuses anecdotes ! En tout cas, si vous avez envie de découvrir l'Australie comme jamais le guide du routard ne vous la montrera... ce livre est fait pour vous !

Ma note : 9/10



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mardi 2 août 2011

Contes de la Fée Verte,
de Poppy Z. Brite

Reçu le mardi 2 août 2011, 7 reviews
Résumé par l'auteur :
Mon premier recueil de nouvelles, qui inclut mes premières ventes à The Horror Show ("Optional Music for Voice and Piano," "Missing," "A Georgia Story," "Angels") ainsi que des histoires plus connues qui faisaient partie de mes premières ventes pro à des anthologies ("His Mouth Will Taste of Wormwood"; "Calcutta, Lord of Nerves"). Un peu lourd sur le luxueux-somptueux-et-merveilleux, mais donne une bonne idée de mes premiers travaux sous forme courte.

Mon avis :
Grâce à sa récente réedition en poche, ce livre est désormais connu d'une bonne partie des lecteurs qui n'auraient sûrement jamais imaginé lire Brite il y a quelques années, et pour certains qui n'iront peut-être pas plus loin. Mais je sais que d'autres ont su se laisser séduire par cette atmosphère morbide et entêtante, par ces marques d'amour aussi inhabituelles que touchantes, et en relisant l'ensemble de ces nouvelles je me suis prise au jeu moi aussi. Il n'y a pas le même attachement qu'avec les romans de l'auteur où l'on a le temps de vibrer avec les personnages, ici tout est en instantané, en flashs de douleur et de rédemption ; et pourtant, c'est une collection qui marque, quoi qu'on en pense, de toutes les façons possibles.

I think you should read Poppy Z. Brite. She is a writer of immense talent and incredible potential.


Une préface par Dan Simmons, ce n'est pas rien. Et quand Dan Simmons vous dit ça, je n'imagine pas qu'il ait pu vous mentir. Vous ne croyez pas ?

Angels

The twins were almost fifteen when the angel came and took them away.

Rien de tel pour commencer qu'une histoire sur des anges. Des anges, ou un ange : Ghost, celui de Lost Souls, compagnon de Steve, visionnaire et empathe hors du commun, qui au détour d'une petite route va croiser les jumeaux, ces siamois séparés à la naissance qui ne rêvent que d'être réunis. Dans cette demeure hantée par le spectre de Dieu qu'on voit sur tous les murs, il va y rêver leur histoire et contribuer à leur réunion.
Quelques pages, quelques points de vue, une guitare désaccordée et un peu de magie, celle que Ghost distille autour de lui, qu'il puise dans ses visions. Retrouver les héros d'Âmes Perdues est toujours un immense plaisir et les oublier semble impossible, pas après le tumulte d'émotions qu'ils dégagent à leur passage. Ma nouvelle préférée du recueil, sans aucun doute, que je n'ai jamais oubliée.

A Georgia Story

In decaying little clubs with runes and cryptic names spraypainted on their walls, we made music for crowds of Dachau children with blue-black hair and flickering fishnetted hands.

Le temps d'un retour en Géorgie, les souvenirs d'un autre temps viennent rompre la monotonie du trajet. L'histoire de quatre garçons vivant dans une ancienne église, se lavant sous la pluie, se nourrissant d'amour et de musique, puis la folie qui les a ravagés, l'abandon, le désespoir... des souvenirs auxquels on fait parfois face dans les plus inattendues des circonstances.
Dérangeante pour certains, cette nouvelle laisse une marque derrière elle, celle des choses que l'on a perdues, celles que l'on est capable de supporter et les autres. Elle nous met face au produit de la déchéance, d'une utopie qui s'effondre et de ses dommages collatéraux dramatiques, avec pour effet une simple question : qu'est-ce que vous auriez fait à sa place ?

His mouth will taste of Wormwood

We were truly jaded, we told one another. For all the impression the world made upon us, our eyes might have been dead black holes in our heads.

L'ennui est le point commun qui lie Howard et Louis, ces deux créatures avides de frissons, d'une vie qui parait toujours trop fade. Tous les excès doivent y passer, le sexe, la drogue, l'alcool, l'absinthe en fond récurent de leur conscience embrumée. Puis au-delà, une fascination pour la mort, ces êtres supposés inaccessibles faits d'os et de pourriture, qui vont meubler ce qui seront peut-être les dernières minutes de leur existence.
L'amour de la vie à travers la mort prend ici toute sa splendeur, toute sa grandeur. Deux personnages prêts à tout pour se sentir vivre, pour tromper l'ennui, pour exprimer cet étrange amour qu'ils n'arrivent pas à contenir, et une armée de cadavres pour inspirer leur passion. On se sent comme enfouit dans les marais visqueux du Bayou à cette lecture, englué dans le mystérieux voodoo qui règne sur la ville, et sur ses morts.

Optional Music for Voice and Piano

A night breeze brushed over his face and ruffled his hair as he stared up. The sky was incredibly beautiful. He wanted to sing to it.

Une attaque dans la nuit, sans raison, sans motif ; une sensation étrange dans la gorge, puis se réveiller avec un nouveau don, celui de chanter divinement. Si divinement que les gens en meurent de passion...
Trop brève pour être aussi resplendissante qu'elle le devrait, cette histoire donne un avant goût de malédiction, celui d'un cadeau offert pour un prix bien plus élevé que ce qu'il ne vaut. Porté par la musique, par cette voix, par la douleur de ce pauvre être qui contamine le monde, on ne peut que se taire à notre tour en écoutant résonner les notes languides du piano.

Xenophobia

I saw neon flickering across his eyes. On—and they exploded with a thousand fireworks colors. Off—and they were flat black, the color of dynasties long fallen to dust, the color of Mystery incarnate.

Chinatown, au milieu de la nuit. Ses bordels, ses restaurants, sa population d'asiatiques où l'on se sent trop grand, trop caucasien parfois. Robert est déjà passablement soûl, et raconte qu'il a entendu dire que les chinoises ont la fente ouverte dans l'autre sens. Un croque-mort va leur donner l'opportunité de le vérifier pour quelques dollars et une vieille bouteille de cognac...
Frisson de dégoût à la lecture de cette histoire, baignée plus franchement que les autres dans ce mélange d'horreur et d'érotisme que l'auteur aime cultiver. Un arrière goût de vieux film glauque, de Dario Argento, de perversité morbide, qu'on aimerait pouvoir oublier.

The Sixth Sentinel

At first I wondered wether she would be pleased to find a ghost already residing in her cramped quarters, but as I watched her decorate the walls with shrouds of black lace and photographs of androgynous sunken-cheeked musicians who look more dead than alive, I began to realize I could show myself safely, without threat of eviction.

"Hard Luck Rosalie" est une pauvre fille, alcoolique, strip-teaseuse le soir à la Nouvelle Orléans, amie d'un fantôme dans la journée. Un fantôme célèbre qui hante son appartement et lui raconte les horreurs dont il a été témoin, à l'exception de tout ce qui parle de cadavres, de tombes et de trésors enfouis. C'est en fouillant dans sa mémoire qu'il va découvrir la source de la phobie de Rosalie, et peut-être l'en libérer.
Une histoire de fantômes, de trésors cachés, de souvenirs affreux dans les marais cajuns, qui rapproche encore une fois l'amour de la mort, comme deux amants inséparables et pourtant impossibles à contenter. Plus longue que ses consœurs, elle offre des personnages un peu plus fouillés et une fin surprenante, qui ferait presque sourire.

Missing

The music swelled and shattered. Each shard was a fragment of colored glass, a particle of spice.

Lucian habite au dessus de la boutique d'une vieille sorcière, qui a gardé le corps momifié de son enfant dans un coffret au milieu du magasin. Andrew ne peut se détacher de l'image de ce cadavre, même lorsque Lucian lui offre la magie que ses doigts tirent de son Juno. Mais que ferait-il s'il était question de conserver ceux qu'il aime ?
On prend le même thème et on recommence, cette fois avec un peu plus d'ironie, un peu plus d'affection déguisée, de terreur sourde face à l'appel de la mort. Une petite histoire d'amour sans en être vraiment une, avec une touche d'alcool, une touche de noirceur, et une touche d'éternité.

Footprints in the Water

Dru was fifteen then. After that, he knew, the earth was his.

Embardée dans la télékinésie avec Dru, qui n'arrive pas à faire bouger un bout de papier mais qui peut ressusciter des animaux morts. Cet étrange don, quelqu'un va s'y intéresser, avec le mince espoir que celui qu'il croyait perdu depuis tout ce temps pourrait revenir à la vie...
Brève mais puissante, cette nouvelle nous emmène dans le paranormal pour une nouvelle excursion dans les méandres de l'amour éternel, celui que même la mort ne peut pas vaincre... avec un soupçon de gore, toujours pour le plaisir.

How to Get Ahead in New York

The bum threw his head back and a weird hooting sound came from his cracked lips. It was not quite a word, not quite a whistle. It reverberated off the tiles and ceilings.

Steve et Ghost sont de retour... pour un concert à New York ! La mégalopole leur réserve bien des surprises que la sensibilité de notre médium favori risque de ne pas trop apprécier.
Sans trop en dire, ce petit séjour en compagnie des deux vrais héros de ce volume est plus que plaisant, et plus que dérangeant à l'instar des autres histoires : du réel mélangé à des touches de fantastiques, oscillant entre illusions et films de série B, qui font froid dans le dos. Ce chacal a même fait pleurer Ghost !

Calcutta, Lord of Nerves

I remember opening my eyes—they felt tight and shiny, parched by the flames—and looking up at the column of smoke that roiled into the sky, a night sky blasted couldy pink like a sky full of blood and milk.

Bienvenue à Calcutta, dans sa chaleur étouffante, dans sa pauvreté, dans ses cultes, dans ses mystères. Un local vous invite à retourner avec lui dans ce centre névralgique de l'Inde pour y rencontrer ses morts, ces zombies vivant au milieu des habitants comme si c'était normal, se nourrissant de leurs rejetés sous la coupe de Kali la redoutable.
Changement d'ambiance ; la Nouvelle-Orléans fait place à la moiteur de Calcutta et à sa décadence, nous faisant presque croire que ses morts hantent vraiment les rues au même titre que les vivants. La vision finale de Kali reste pour moi inoubliable, une figure marquante du recueil difficile à effacer.

The Elder

Last, they wrapped the tree with tiny fairy lights. The electric cord, red and green plastic strands entwined, made Paul think of a licorice whip.

Jusqu'où irait-on pour protéger son enfant, le garder loin du mal... jusqu'où irait-on pour le garder près de soi ?
Pas besoin d'en dire plus. Ces quelques pages forment une sorte de drame de la pire espèce, ceux qui vous agrippent dès les premières lignes et qui vous laissent horrifié, répugné, déprimé, dévasté à la dernière. Une avant-dernière histoire qui marque la fin amère de ce livre...

The Ash of Memory, the Dust of Desire

The sidewalk was fissured with deep cracks and broken into shards, as if someone had gone at it with a sledgehammer. I saw weeds sprouting at the edges of the vacant lot, leaves barely tinged with green, as furtive and sunless as mushrooms.

Une fin amère mise en relief par ce dernier instantané de vie, celui d'une jeune femme partagée entre l'affection de deux hommes, deux amis, qui vont l'accompagner alors qu'elle cherche à se débarrasser de l'enfant au père inconnu qu'elle porte. Le temps de se perdre dans le labyrinthe d'une banlieue crasseuse, à la recherche d'un docteur de sous-sol qui rappelle plus le capitaine crochet qu'un obstétricien banal, et on referme ce livre avec un frisson, de dégoût, d'admiration, d'innocence bafouée.

Douze nouvelles, douze folies, douze terreurs. Un parfum de solitude, une touche de romance, un océan d'amour strié de rouge sang sur lequel vogue la Mort, grande et belle, dans toute sa splendeur. Laissez-vous raconter par Poppy comment vous aussi, vous pourrez conserver ceux qui vous aiment... dans du formol !

Et retrouvez les avis enthousiastes de Guu, Erato ou encore If is Dead, parmi tant d'autres.

Et un billet de plus pour le challenge ! Prochain arrêt en anthologie...




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