mercredi 6 juillet 2011

Sang d'Encre,
de Poppy Z. Brite

Reçu le mercredi 6 juillet 2011, 5 reviews

Résumé par l'auteur :
En 1972, le dessinateur underground Bobby McGee assassine sa famille à Missing Mile, Caroline du Nord, laissant seulement Trevor, 5 ans, en vie. Vingt ans plus tard, espérant comprendre pourquoi c'est arrivé, Trevor retourne dans la maison abandonnée où sa famille est morte. Il y est rejoint par Zachary Bosch, un hacker de la Nouvelle Orléans essayant d'échapper au FBI. Ensemble, ils essayent de percer le secret de la folie de Bobby McGee, rencontrent les esprits toujours prisonniers de la maison, traînent à l'If Sacré (le nightclub de Missing Mile, maison du groupe de Steve et Ghost, Lost Souls?, qui sont en tournée pendant cette histoire), et, à ne pas oublier, ont des tonnes et des tonnes de relations sexuelles chaudes et détaillées. Livre très embrumé (je ne crois pas que le bangh se soit écarté de plus de quelques mètres de mon bureau pendant que je l'écrivais), Drawing Blood contient bien trop de blagues personnelles, de références à la culture pop des années 90 et de clichés sur la Nouvelle Orléans, mais il a été écrit avec beaucoup d'affection et ses personnages sont parmi mes favoris. Son titre original était Birdland, que l'éditeur a refusé parce que "ça ne sonne pas comme un livre d'horreur", et c'est toujours comme ça que je pense à lui.

Mon avis :
J'avais eu du mal à parler de Lost Souls mais je crois que cette fois-ci, on dépasse toutes les bornes. Comment est-ce que je peux vous expliquer de façon cohérente la passion que m'inspire ce livre, les frissons que ses mots me procurent, le bonheur malsain qui me traverse à chaque fois que je fais tourner ses pages ? Je pourrais vous raconter l'histoire de fond en comble, vous en citer des passages de mémoire, mais... je vais essayer de vous en parler décemment, pour voir. Ne comptez pas sur moi pour être objective.

Birdland is a mirror that reflects our deaths. Birdland never existed.


Bienvenue à Birdland, l'univers torturé d'un des auteurs de comics undergound les plus célèbres des années 60, Bobby McGee. Bobby qui a assassiné sa famille avant de se suicider, laissant son fils Trevor seul rescapé du drame, avec le reste de sa vie pour essayer de comprendre pourquoi il a été épargné. C'est ce qu'il tente de faire, à 25 ans, lorsqu'il revient dans sa maison, le lieu du crime, décidé à n'en partir qu'une fois qu'il y aura trouvé des réponses. Arrive Zach, hacker de son état, les feds au cul (comme on dit), de passage à Missing Mile par le plus pur des hasard, de passage chez Trevor par le plus pur des signes du destin. Zach qui va se faire embarquer par la folie du jeune homme, la folie de la Maison, la folie de Birdland.

He knew it would be Birdland, the true Birdland that lay paradoxically far beyond the house and deep wihtin it. But Trevor was realizing that Birdland wasn't just the place of his past, the place in his childood where he has found his talent, his dreams. It was also the place where his dreams could find him, and some of them were very bad. It was a place of scars, and of wounds that had never healed.

Je crois qu'il y a autant de façons de parler de cette histoire qu'il y a de gens pour l'apprécier. On commence par le drame psychologique, le polar road-trip américain, le phony-gothic des années 70, le roman d'horreur avec hémoglobine et hallucinations en prime, l'histoire d'amour innocente... bref, il est indescriptible. On peut aimer chacun de ses aspects, certains seulement, ou ce mélange hétéroclite qu'ils forment, cette histoire à la fois simple et complexe, pleine d'illusions et de sentiments primitifs comme on les ressent rarement d'habitude. Et la folie, omniprésente, presque incongrue dans ce décor si terre à terre, que Zach tente d'étouffer de son mieux à grand coup d'amour.

When you substract the impossible, what's left? The improbable, the strange but true. The supernatural, or if you liked, the supranatural: outside the boundaries of most experience, but possible in a place were no boundaries are drawn.

Zach, cette étrange créature pleine de contradictions, ce lien fragile entre Trevor et la réalité. Sa facette hacker un peu clichée est atténuée par cette façon de penser qu'il cultive, cette passion pour le monde et les créatures qui le peuplent, cette faiblesse pour le plaisir simple et immédiat que Trevor lui fait remettre en question, aux dépens de ceux qui ont échoué avant lui.
The crucial fact many computer hackers never seemed to realise - and the reason some of them were perceived as such geeks - was that the world and all its sentient beings and their billion of stories comprised the most intricate, fascinating system of all.

De l'autre côté de l'équation, Trevor est une sorte d'âme perdue lui aussi, comme Missing Mile aime les cultiver. Traumatisé par le meurtre familial, il reprend la passion de son père pour en faire son obsession : dessiner des comics compulsivement, partout, tout le temps. Dessiner le cadavre de sa mère en écoutant le jazz de Charlie Parker, dessiner ses rêves, dessiner des visions malsaines qui semblent le hanter comme cette question qu'il ressasse sans cesse : pourquoi suis-je encore vivant ?

The abyss stares back into you? Ha! Nothing to see but a liver pickled in whiskey and the ashes of a million burnt-out dreams.

Et plus que Birdland, c'est cette vie que Zach va lui faire découvrir, aidé par Kinsey et par Terry, cette réalité qui s'offre à lui au-delà de l'horreur de sa courte existence, qui va y répondre. En chemin, on y rencontre un paquet de fantômes, de drogues, de jeunes asiatiques en colère, de délires et de références kitsch à ces années d'un autre siècle dont on se souvient avec une affection particulière. Le tout enveloppé par une petite touche ringarde absolument adorable.

Il y a des gens qui sont sûrement capables de vous montrer chaque petit défaut qui vous gâcherait l'aventure - si vous la tentez -, mais pas moi. Je n'y peux rien. À chaque relecture, je retombe amoureuse.

"... There is a Creole saying... he has le coeur comme un artichaud."
Eddy fumbled for her high school French. "A heart like an artichoke?"
"Oui. He has a leaf for everyone, but makes a meal for no one."

La challenge continue avec toujours le même plaisir... prochain arrêt en nouvelles, dans la jungle verdoyante des Contes de la Fée Verte.



Reviews (5)

Le 6 juillet 2011 à 16:27 , Flo_boss a dit…

Et voilà, tu m'as convaincu... Fière de toi? :) Tu m'as toujours intrigué sur cet auteur, je pense que je vais passer le cap prochainement. Tu en parles avec tant de passion qu'il est difficile d'y résister, non? ;)

Le 6 juillet 2011 à 16:36 , Miss Spooky Muffin a dit…

Extrêmement fière de moi, même, et convaincue que tu te plairas toi aussi dans l'univers décalé de cet auteur de génie :)
(la passion je ne peux pas l'empêcher, ça fait trop longtemps qu'elle dure...)

Le 6 juillet 2011 à 19:41 , Sita a dit…

"Regarde ce pendule, tes paupières sont lourdes, louuurdes. Tu as envie de lire Poppyy"
C'est plus ou moins l'effet qu'ont tes chroniques sur moi en ce moment ;)

Le 6 juillet 2011 à 20:01 , Miss Spooky Muffin a dit…

Alors, ces paupières, c'est lourd ou bien ? Il te reste encore Soul Kitchen à lire je crois... ;)

Le 6 juillet 2011 à 21:12 , Yam a dit…

merci pour cette chronique... j'ai encore plus hâte de le recevoir.... ;)

 

Lilyn Kirjahylly Copyright © 2011, by The Scary Cupcake & Mr Pink Eyes
All images © the incredible Shaun Tan