samedi 8 janvier 2011

Mister B. Gone (Jakabok : le démon de Gutenberg),
de Clive Barker

Reçu le samedi 8 janvier 2011, 5 reviews

Résumé :
Jakabok Botch habite le neuvième cercle de l'enfer, juste derrière le labyrinthe d'immondices sur lequel règne son père, Gatmuss un démon toujours prêt à mettre une sévère correction à ceux qui ont la malchance de croiser son chemin. Dès qu'il a un moment de libre, Jakabok écrit, divague, invente des machines, parfois musicales, pour torturer son père. Des écrits qu'il cache dans sa chambre, jusqu'au jour où sa mère les trouve et y met le feu... Jusqu'au jour où Gatmuss le laisse rôtir, tête la première, dans le brasier de ses fantasmes de vengeance. Atrocement brûlé, effrayé à l'idée d'être occis par son géniteur, Jakabok n'a plus d'autre choix : il lui faut fuir le neuvième cercle de l'enfer. Un monde inconnu et un étrange compagnon de route l'attendent en haut...

Mon avis :
Burn this book (Brûlez ce livre).
Voilà les 3 premiers mots qui ouvrent le récit plus qu’étrange de Mister B. (Jakabok Botch), démon de son état, aujourd’hui prisonnier de ces pages. Barker avait toujours rêvé d’écrire un livre possédé et il a su le faire comme personne d’autre, avec assez de rebondissements pour qu’on pardonne au démon de régulièrement nous insulter ; après tout, qui brûlerait un aussi bon livre ?

Jakabok était un démon ordinaire, vivant dans le neuvième cercle (le dépotoir) en compagnie de son père alcoolique et violent (un important démon) et une mère intolérante. Jakabok, pauvre créature chétive et rejetée, s’est alors retrouvé brûlé sur tout l’avant du corps et du visage pour avoir osé coucher sa colère par écrit. C’est dans cet affreux état qu’il se fait capturer par de curieux humains, rencontre le démon Quitoon qui deviendra son partenaire pour les centenaires à venir, et nous raconte son parcours à travers le monde qui l’a amené au Grand Secret, à se retrouver mystérieusement prisonnier d’un livre.

I've started counting, in my head. I'll tell you why later.
For now, just know that I'm counting, and that the end is in sight. I'm not talking about the end of this book, I'm talking about THE END, as in the end of everything you know, which is to say: only yourself. That's all we can ever know, isn't it? When the rythm of the dance stops, we're on our own, all of us, damned Humankind and demon-lovers alike. The objects of our affections have been spirited away. We are alone in a wilderness, and a great wind is blowing and a great bell tolling, summoning us to judgement.
Que je sois damnée si vous n'êtes pas touchés par la noire poésie de ces mots.

Je n’ai encore jamais pensé être déçue avec un Barker et ce n’est pas avec celui-ci que ça va arriver. S’éloignant de son univers jeunesse pour retrouver ses racines d’auteur d’horreur, il fait ici parler un improbable démon, tentant de nous convaincre de nous débarrasser de son livre, que ce soit par des cajoleries ou des menaces, et nous dévoilant petit à petit les tenants et aboutissants de sa longue existence. Et d’autant que l’idée répugne, on serait presque tenté de lui céder et lui offrir ce baptême de feu qu’il attend tellement !

L’action est rythmée par une alternance entre le discours direct de Mister B. envers le lecteur (mais tu vas brûler ce livre, à la fin !!) et les passages ou il raconte ses épopées avec Quitoon. La relation ambigüe de Mister B. avec les autres personnages – son premier amour aussi bref que tragique, ses parents, les humains… - atteint son paroxysme à travers les sentiments partagés qu’il entretient pour Quitoon, celui qu’il aime, dont il ne peut se passer et qu’il craint à la fois (malheureusement à raison), faisant de Jakabok un personnage aussi inattendu que riche, une sorte de anti-héros qu’on ne croise pas souvent.

Le temps de quelques centaines de pages, Barker arrive à nous faire ressentir un large panel d’émotions : la curiosité, l’amusement, la pitié pour Mister B., la colère envers ceux qui le tourmentent (ou la peine pour ceux qu’il tourmente lui-même...), l’inquiétude, pour terminer sur... eh bien, parlez-en avec Mister B. si vous voulez tout savoir, je suis sûre qu’il est impatient de tout vous dire. À moins que vous préfériez le jeter au feu ?

Ma note : 8,5/10

Reviews (5)

Le 8 janvier 2011 à 15:23 , Sita a dit…

C'est pas du tout le genre de livres sur lequel je me serais arrêtée, alors merci pour ta critique !
J'aime beaucoup lorsque les personnages s'adressent au lecteur, et l'extrait que tu partages et ta critique m'ont conquise.

Le 8 janvier 2011 à 17:55 , Acr0 a dit…

Je l'ai lu il y a quelques mois :)
C'est plutôt pas mal, c'était en tout cas très bien parti. J'ai trouvé que cela s'essouflait un peu... Il y avait tant de choses à dire ! (et Barker aurait pu un peu plus s'appuyer sur la hiérarchie des démons) Mais bon, on passe tout de même un bon moment.

Le 8 janvier 2011 à 18:24 , Miss Spooky Muffin a dit…

@Sita : je suis contente d'élargir tes horizons, Barker est un grand maître qui n'a que trop peu de lecteurs je trouve ;)

@Acr0 : tu as été plus rapide que moi ! Le milieu était un peu long, c'est vrai, et j'aurais voulu un secret un peu plus époustouflant mais le petit côté morale et l'aspect jeu psychologique compensaient à mon goût. Qui sait, le prochain sera peut-être encore meilleur !

Le 12 janvier 2011 à 23:26 , BlackWolf a dit…

Je dois dire que j'aime beaucoup ce que fait Clive Barker, je vais peut être me laisser tenter par celui-là.

Le 13 janvier 2011 à 09:10 , Miss Spooky Muffin a dit…

Pas le meilleur Barker je dirais (je ne sais pas si tu as déjà lu Imajica mais c'est une merveille, et je ne parle même pas de ses œuvres "jeunesse") mais il est court, il faut se laisser tenter ;)

 

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