vendredi 8 octobre 2010

Apocalypse bébé, de Virginie Despentes

Reçu le vendredi 8 octobre 2010, 5 reviews

Résumé :
Valentine disparue... Qui la cherche vraiment ?
Entre satire sociale, polar contemporain et romance lesbienne, le nouveau roman de Virginie Despentes est un road-book qui promène le lecteur entre Paris et Barcelone, sur les traces de tous ceux qui ont connu Valentine, l'adolescente égarée... Les différents personnages se croisent sans forcément se recontrer, et finissent par composer, sur ton ton tendre et puissant, le portrait d'une époque.

Mon avis :
Première fois, premier choc : on entend parler de l'auteur, on sait qu'elle fait dans la provoc', le résumé ne cache rien de l'ambiance du bouquin, et pourtant, le choc reste inévitable. Trop difficile à définir pour le qualifier de bon ou mauvais, simplement une explosion de mots, de violence et de trash dans une histoire qui laisse un goût amer... mais pas si déplaisant.

Lucie est une paumée, une fille célibataire, insignifiante, qui prends des adolescents en filature pour une petite boîte de privés mal payés. Sauf que la dernière en date a disparue au milieu de la filature, et que la grand mère vient de faire un scandale pour qu'ils la retrouvent. Lucie se retrouve alors trimballée dans cette enquête qui ne l'inspire pas, accompagnée d'une lesbienne violente et vicieuse qui ne lui dit pas la moitié des choses qu'elle devrait savoir, espérant retrouver une gamine rebelle dont la famille de tordus ne lui facilite pas la tâche. Ça ne pourrait pas aller mieux.

Le ton est rapidement donné : Despentes ne mâche pas ses mots, elle nous les crache à la figure avec toute la délicatesse du monde. Dans son monde, rien n'est rose, rien n'est gratuit, rien n'est facile. Surtout pas être Lucie, une pauvre fille, seule et sans intérêt, et de devoir se coltiner cette folle de Hyène, à la réputation aussi incroyable qu'invraisemblable, insupportable, immanquable, imbuvable. Et de s'avouer qu'on ne s'en sortirait jamais sans elle. Parce que la Hyène, aussi pénible qu'elle soit, va aussi lui ouvrir les yeux sur beaucoup de choses (un peu trop parfois...), lui faire se rendre compte de ce qu'elle rate en se complaisant dans son quotidien vide de sens.

Parlons-en, de la Hyène. Plus de première fraîcheur et pourtant, elle fait toujours se retourner les gens sur son passage. Lesbienne et fière de l'être, elle siffle les filles dans la rue, drague tout ce qui a des seins et se tient comme un camionneur obscène. Quand au langage, n'en parlons pas ; toute notion de vulgarité devient obsolète en sa présence, elle défie les lois de la bienséance. Sa technique pour avoir des informations, la violence, l'extorsion, le chantage, et un poil d'humour noir pour englober le tout.

De l'humour, il en faut pour lire cette satire sereinement, je peux vous le dire. De l'humour au trois millième degré, celui qui stigmatise la cité, qui caricature les bourges, qui prône la violence familiale, qui banalise le viol. Faut rire de ce que dit l'auteur, à travers la Hyène, Yacine et les autres, tellement l'absurdité antisociale fait froid dans le dos. Parce qu'il n'y a rien d'autre à en faire, juste se marrer un peu et lire les phrases à voix haute tellement c'est surprenant de les voir couchées sur papier.

Morceau choisi, spécial informaticiens (NDR: Rafik est le chef du service) :
Rafik leur parle mal, les paye mal, ne les remercie jamais, ne les félicite pas. Rafik les traite comme ils aiment être traités, et ils le respectent, et en retour, ils travaillent impeccablement bien.
Et pour le plaisir, un second, version Mâle de la cité cette fois :
Il se demande qu'est-ce que foutent les mères, pendant ce temps. Encore en train de se peindre la face, elles ne savent même pas se maquiller, tant qu'à être des putes elles pourraient au moins faire un effort, apprendre à s'arranger. Mais même ça, être des salopes correctes, c'est au-delà de leurs forces.
Ne paniquez pas, ce n'est pas comme ça d'un bout à l'autre, mais soyons honnête, ça reste un bon aperçu.

Si vous êtes toujours là, c'est que vous êtes assez solides pour vous lancer dans cette folie, dévorer ce livre comme on regarde un film d'horreur, répugné mais incapable de s'en détourner. Vous allez rencontrer des gouines ("gouines, gouines, gouine, je n'ai jamais autant entendu répéter ce mot"), des gentils qui ne le sont pas vraiment, des méchants qui n'en ont pas l'air, et des gosses irrécupérables qu'on va tout faire pour récupérer. Vous allez bien vous éclater, si si. Essayez pour voir !

Ma note : 7/10

Merci à Priceminister pour ce livre !

Reviews (5)

Le 8 octobre 2010 à 19:27 , constance93 a dit…

je lis bientôt...
ta chronique est complète, me fait un peu peur à propos de ce livre mais, sûrement grâce à une fascination étrange, m'attire.
de ce que j'en ai entendu, ta comparaison avec un film d'horreur est très censée :/

Le 9 octobre 2010 à 09:50 , Lounapil a dit…

Je vois qu'on a ressenti le livre de la même manière. Tu as raison il faut avoir beaucoup d'humour pour lire certains passages!

Le 17 octobre 2010 à 12:33 , Livraison a dit…

Je trouve ton article vraiment excellent ! Je m'y reconnais parfaitement. Je n'aurais pas mieux choisi les extraits...

Le 17 octobre 2010 à 13:18 , Miss Spooky Muffin a dit…

@constance : je te comprends, c'est un peu difficile de s'y mettre mais finalement je trouve qu'il se lit plutôt "facilement". Le ressenti film d'horreur est vraiment semblable, on se demande pourquoi on regarde mais on le fait quand même...

@Lounapil : oui, j'ai préféré en rire, parce que sinon ça aurait été plutôt effrayant.

@Livraison : Merci ! Ce sont les extraits qui m'ont le plus marquée, cette vision ultra-négative de la société... l'auteur n'a pas pris de pincettes, c'est le moins qu'on puisse dire ;)

Le 13 décembre 2010 à 01:07 , silvi a dit…

j'ai beaucoup aimé ce livre, ton commentaire est complet et en effet chez Despentes c'est pas le pays de Candy.... mais pour une première lecture de cette auteure je ne suis pas vraiment surprise, le trash elle semble le servir dans nombre de ses romans que je vais continuer à découvrir

 

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