samedi 24 juillet 2010

Les Aigles de Rome - livre I,
de Marini

Reçu le samedi 24 juillet 2010, 0 reviews
Résumé :
743 urbe condita (11 avant J.C) « De tous les peuples de l’Empire, les Germains sont les plus braves » aurait pu déclarer Drusus, à qui a été confiée la délicate mission de soumettre les irréductibles barbares de Germania. Le combat terminé, le Prince Sigmar « offre » son fils Ermanamer en otage aux Romains. César confie l’éducation de ce jeune barbare chevelu au fidèle Titus Valerius Falco, qui a justement un fils du même âge, Marcus, qui lui aussi aurait bien besoin d’une éducation digne de ce nom. Entraînement complet et discipline de fer : les deux jeunes garçons affrontent ensemble les terribles épreuves auxquelles les soumet leur entraîneur, ancien légionnaire. Au fil de ces expériences éprouvantes, le jeune Romain insolent et le Germain au sang chaud transforment leur haine réciproque en profonde amitié. Surtout quand ils découvrent ensemble les charmes irrésistibles de la gent féminine…

Mon avis :
Ma nouvelle passion pour la Rome Antique se poursuit aujourd'hui en BD, avec cet ouvrage gracieusement rapporté de France par une amie. Bien que la BD ne soit pas forcément trop ma tasse de thé, encore moins dans le style "réaliste", je n'ai pas pu résister à voir en image ce que j'ai pu lire dans les quelques ouvrages sur l'époque et très honnêtement, je n'ai pas été déçue.

Dès les premières pages, on est plongé dans la violence barbare de l'époque, à coups de haches et de glaives tachés de sang. Les Germains ne portent pas les Romains dans leur cœur, et même quand Drusus se montre relativement amical (autant qu'on puisse l'être après avoir massacré les mecs d'en face) avec eux, on sent qu'ils ne sont pas prêts à faire amis amis.
Et lorsque le père de Marcus, un jeune romain insolent comme le dit si bien le résumé, se retrouve à éduquer un Germain, Ermanamer (renommé Arminius pour le côté romain), celui-ci n'en rate pas une pour rendre Marcus dingue et le défier à la moindre occasion. De chamailleries en camaraderies, on les suit dans leur apprentissage des armes comme de la vie, au fil de ces quelques planches.

Parce que j'aime bien commencer par ce qu'il y a de bien, parlons des personnages. Le style visuel est un peu déroutant pour une néophyte comme moi, trop détaillé presque, mais on s'y habitue facilement. C'est presque comme regarder un film sur papier...
Mais le plus intéressant à mon avis est le caractère bien trempé des deux têtes de mules dont on suit les aventures. Très gamins, toujours à se mettre dessus, et pourtant reconnaissants de la présence de l'autre. Marcus est borné mais humain dans ses décisions (ce que son père ne manque pas de lui faire regretter) et Arminius... il est plutôt pas mal, vous ne trouvez pas ?

Le rythme est assez soutenu et on ne s'ennuie pas, de punitions en entraînements, et si ce n'était les désagréables sauts dans le temps sans transition (un propre de la BD ?) ce serait parfait. L'envie de lire le prochain tome est renforcée par le petit moment de suspense final, qui laisse à craindre pour la suite. Et vu comment l'auteur ne fait pas dans la dentelle, elle risque de ne pas être de tout repos !
Le fait que certains termes latins ne soient pas traduits est également un peu étrange mais heureusement, un lexique à la fin vient combler cette lacune.

En bref, une bonne BD pour adulte, valable au niveau historique sans pour autant s'étendre sur la politique ou autre mais l'ambiance est bien là, crue et chaude à souhait. Et quitte à mettre autant de scènes de nu, on n'aurait pas pu avoir quelques mecs pour changer des grosses poitrines ? Damnit.

Ma note : 8,5/10 (la suite est commandée !)

La chronique du livre II est par là !


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jeudi 22 juillet 2010

À l'est de la frontière

Reçu le jeudi 22 juillet 2010, 3 reviews
Vous devinez ce qu'il y a ?
La Russie, bien sûr ! Ma seule petite semaine de vacances d'été s'est déroulée dans ce beau pays qui me fascine, moi la petite russophone du dimanche qui ne pouvais pas laisser passer l'occasion de le visiter en étant si proche. Impossible de tout voir en si peu de temps cependant, alors j'ai dû me limiter à Saint-Pétersbourg, son ex-capitale, réputée pour sa grandeur.
Ça vous fait envie ? Je vais vous donner quelques raisons pour lesquelles vous devriez - ou pas - vous laisser tenter par l'aventure.

Pourquoi aller à Saint-Pétersbourg ?

- Parce que c'est typique : une fois là-bas, on se sent plongé dans une autre atmosphère, parfois dans une autre époque, et le sentiment d'avoir changé d'univers en y mettant les pieds est agréablement dépaysant.

- Parce qu'il y a plein de choses à voir : si vous aimez les monuments, les églises, les musées, les parcs, les palais, les promenades en bateau, les petites ruelles et les marchés colorés, vous trouverez votre bonheur dans cette ville qui se visite de mille façons.

- Parce que les gens sont chaleureux : contrairement à beaucoup d'autres endroits, ici les gens ne s'évitent pas, ils aiment bien parler et même si vous ne les comprenez pas, ce n'est pas ça qui les arrête - allez faire un tour au marché si vous avez envie de sentir cette ambiance, où tout le monde bourre les sacs, offre des produits en plus et vous pose toutes sortes de questions sur votre vie, vous vous sentirez moins seul.

- Parce que la nourriture vaut le détour : des fast-foods qui vous servent de délicieuses crêpes fourrées accompagnées de thé en vrac, des petits restaurants caucasiens qui font les brochettes comme personne et les ravioli sibériens à la sauce piquante, c'est tout de même autre chose que le typique saucisses-patates finlandais.

- Parce que c'est bon pour votre budget : la bière à moins de trois euros, ça change de Paris, et si vous évitez les pièges à touristes pour profiter des petits restaurants cachés, vous trouverez toujours de quoi manger pour pas grand chose.


Pourquoi aller aux Bahamas à la place ?

- Parce qu'il n'y a ni plage ni palmier : il faut savoir ce qu'on veut aussi ^^

- Parce que c'est bruyant : surtout l'été, quand on laisse les fenêtres ouvertes, le centre ville est une cacophonie de bruits de voitures, de conversations, d'animaux, d'enfants qui pleurent... c'est "plein de vie", comme on dit.

- Parce que c'est très (trop ?) carré : entre le visa, l'assurance, la douane, les portes blindées, les caméras de surveillance, les policiers à chaque coin de rue et chaque station de métro, tous avec une expression déprimante au possible, ce n'est pas vraiment la joie.

- Parce que vous ne parlez pas russe : eh oui, admettez-le, vous ne parlez pas russe, et c'est bien dommage car eux ne parlent rien d'autre, alors si vous ne savez même pas déchiffrer le cyrillique, armez vous d'un bon guide, restez dans les restos qu'il recommande et comptez les stations de métro, vous devriez survivre.

- Parce qu'il fait toujours trop : trop chaud l'été, trop froid l'hiver, trop de boue au printemps et de pluie en automne... mine de rien, les doigts de pieds en éventail sur une plage des Bahamas, c'est quand même pas la mort !

Et si vous hésitez encore, regardez quelques photos, elles vous feront peut-être changer d'avis !



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mardi 20 juillet 2010

Alice au Pays des Merveilles, de Xavier Collette & David Chauvel

Reçu le mardi 20 juillet 2010, 13 reviews
Résumé :
Le monde magique que découvre Alice en tombant dans le terrier du Lapin Blanc est sombre, effrayant... délicieusement dangereux. Il a perdu toute logique et, pour qui ne connaît pas les règles, le risque est grand de perdre la tête, au sens propre du terme !

Mon avis :
C'est Laure du Miroir qui a présenté ce livre sur le forum de Livraddict, et il m'a tout de suite plu : une couverture magnifique, un style de dessin que j'adore, des couleurs sombres et lumineuses à la fois, et surtout, une histoire d'enfer, celle d'Alice. Je suis rarement amatrice de bande dessinées, que je trouve trop courtes et chères pour le peu de temps que je passe à les lire, mais celle-ci, impossible de laisser passer l'occasion. Alors, envie de savoir ce que j'en ai pensé ?

Eh bien, j'avoue que le bilan est assez mitigé. D'un coté, je regrette un peu de ne pas avoir lu l’œuvre originale de Lewis Carroll avant pour voir à quel point elle en est inspirée, parce que certaines choses qui m'ont gênées ne sont peut-être simplement que le fait de l'histoire originale. Les situations sont complétement farfelues, souvent sans transition, et on se demande parfois la logique de ci ou ça. Le même deux fois plus long, je crois que ça aurait été parfait !


Niveau graphismes, ils sont comme je m'y attendais : les couleurs sont particulièrement belles, chaque planche jouant généralement sur une thématique de couleur avec plein de nuances, et c'est un vrai plaisir pour les yeux. Les décors sont eux aussi magnifiques, travaillés, et j'y ai même remarqué "l'emprunt" de la colline de L’Étrange Noël de Mr Jack à la fin de l'histoire, clin d’œil au style de Burton qu'on retrouve un peu ici.

Si vous vous rappelez des mignons petits animaux du dessin animé de Disney, oubliez-les. Ici, les grands yeux translucides et inquiétants ont remplacés les sourires, et les expressions joyeuses ont plutôt fait place à des moues pincées et des lueurs de folie. Le chapelier fou est le plus impressionnant dans son genre, bien que totalement différent de la récente interprétation par Depp.
Parfait pour terrifier ses petits frères et sœurs, en somme !


Et parce qu'elle est l'héroïne de ce livre, impossible de passer à côté d'Alice. Son look est bien loin de la blondinette à la robe bleue, bien qu'elle ait conservé son tablier blanc qui semble un peu déplacé dans le décor. Portant par moments les traits d'une gamine insolente, et par d'autres ceux d'une belle jeune femme, j'ai trouvé l'inconstance de son visage déroutante. La demoiselle passe aussi beaucoup de temps à bouder ; on regrette qu'elle ne soit pas un peu plus expressive, parfois. Et quelle soupe au lait !

Côté dialogues, je n'ai pas vraiment été séduite. David Chauvel a beau être français, ses phrases donnent parfois l'impression d'être traduites de l'anglais. La façon de parler d'Alice est également étrange pour son âge : parfois très désinvolte, parfois bien trop soutenue, je ne l'ai pas trouvé convaincante dans ses discours. Un petit quelque chose de pas naturel n'a cessé de me titiller...

En résumé, du bon potentiel dans cette bande dessinée : elle m'a attirée pour ses couleurs et son ambiance, et je n'ai pas été déçue de ce côté. Jusqu'aux portrait sur les rabats de couverture, les dessins sont de qualité et méritent le détour. Dommage que le texte ne suive pas et que quelques longueurs gâchent le rythme...
Un illustrateur à suivre pour ses prochaines parutions, tout de même !

Ma note : 8/10


Pour en voir plus, allez faire un tour sur le site du dessinateur qui regorge de magnifiques illustrations !



Ce livre rentre dans le défi Alice au pays des merveilles... 1/5, yay !




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mercredi 7 juillet 2010

Les Mémoires de Caligula,
de Cristina Rodríguez

Reçu le mercredi 7 juillet 2010, 10 reviews
Résumé :
"L'histoire de Caligula a été écrite à l'envers et il faut la remettre debout", disait l'historien Roland Auguet.
Voilà sans doute le point de départ et également le but visé de ce colossal roman historique.
Il aura donc fallu presque deux mille ans pour que quelqu'un se lève et essaie de comprendre cet être à part qu'a été Caligula.
Pour ce faire, Cristina Rodríguez a fouillé les ruines de Rome, dévoré les manuscrits anciens et discuté longuement avec les historiens et archéologues spécialistes de cette époque.
De l'homme au monstre, il n'y a qu'un pas, mais du monstre à l'homme... il n'y a qu'un livre.

Mon avis :
Après le coup de coeur de Meurtres sur le Palatin, on ne m'arrête plus... j'avais le choix pour ma prochaine lecture, et sans trop y réfléchir il s'est porté sur Caligula, un personnage que l'on retrouve dans les enquêtes de Kaeso et qui m'intéresse. Surtout que ce résumé intriguant - je ne connaissais personnellement rien sur lui - donne envie de tout savoir, et c'est maintenant chose faite ! Et si l'histoire ce n'est pas votre truc, ne vous en faites pas... ce n'est pas le mien non plus !

La forme du livre est très classique, divisée en parties suivant la chronologie de la vie de Caligula, mais le contenu l'est beaucoup moins : plutôt que de nous narrer de façon ennuyeuse les différents événements de son règne, l'auteur a choisi de se mettre dans la peau du personnage et de raconter l'histoire à travers ses yeux. Pas juste l'Histoire de l'époque, non, mais la vie d'un homme ballotté entre les foyers, utilisé par Tibère et rongé par la colère de voir sa famille se décomposer sous le joug de l'Empire.

L'histoire est riche en émotions ; Caligula étant un personnage à fort caractère et aux sautes d'humeur légendaires, il ne manque pas d'apporter de la dynamique à ce qui pourrait être un simple récit historique. Les nombreuses anecdotes et autres petits détails de la vie quotidienne enrichissent l'histoire et on ne peut que s'attacher au héros, pour qui chaque catastrophe semble précéder la suivante.

Du côté des personnages secondaires, on retrouve Mnester dans le rôle de l'amant de Caligula, le séduisant danseur qui a bien du courage de supporter les humeurs de son maître. La (dernière) femme de celui-ci, qui n'apparaît qu'à la fin de l'histoire, est elle aussi un personnage haut en couleur à qui l'on s'attache rapidement. D'autres membres de l'entourage de l'Imperator font également leur apparition tout au long du récit pour diversifier l'action.

Bien que l'histoire ne soit pas mon rayon, les nombreuses notes de bas de page apportent des informations intéressantes sur les mœurs de l'époque et les sources de certaines anecdotes. Sans être indispensables, je n'ai pour une fois pas rechigné à faire un tour à la fin du livre à chaque référence pour savoir de quoi il était question. De plus, des annexes sur la vie et les coutumes de la Rome antique viennent compléter ces informations pour les plus curieux.
Il est amusant de voir que l'un des rares documents de l'époque sur les César est l'ouvrage de Suétone, un homme qui ne les dépeignait que sous leur mauvais jour. Belle image à garder pour le futur que la vision biaisée de cet écrivain !

S'il y a une chose que je regrette dans ce livre, c'est d'y avoir vu des éléments réutilisés dans Meurtres sur le Palatin : que ce soient la description du Palatin ou la scène de l'incendie, on retrouve mot pour mot certains passages assez importants de l'histoire. Compte tenu de la difficulté à trouver ce livre, je comprends que ça n'interfère pas trop avec la récente publication de son dernier ouvrage, mais on regrette tout de même que ce soit des passages empruntés.

Au final, ce livre est une biographie comme j'aimerais en lire plus souvent, humaine, pleine de sentiments, d'erreurs et de questionnements, où l'on découvre autant de merveilles que d'horreurs qui semblaient normales à l'époque. Ma seule crainte portait sur la fin, car je savais que Caligula avait été assassiné à 29 ans seulement : eh bien, je vous conseille de sauter l'épilogue, il m'a personnellement retourné les tripes.

Rendez-vous au prochain détour historique, peut-être à Sparte !

Ma note : 8/10


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mardi 6 juillet 2010

In the mood for Japan
[défi]

Reçu le mardi 6 juillet 2010, 11 reviews
D'habitude je me retiens, aussi tentant que les défis puissent parfois être, mais j'ai été faible une fois de plus face à ce défi organisé par Choco qui porte sur la littérature japonaise.

Le principe :
Lire 3 (niveau Ronin), 6 (niveau Samourai) ou 12 (niveau Sensei) livres d'auteurs japonais, incluant les essais et récits de voyage évoquant le Japon ou les recueils de poésie. La date limite est le 6 juin 2011 (pour les deux ans de son blog).

Ma participation :
Déjà que ce n'était pas raisonnable de s'inscrire, j'ai choisi de le faire en tant que Ronin, histoire d'être sûre d'avoir le temps de tout lire. Et qui sait, j'aurais peut-être l'occasion de passer Samourai si l'occasion s'y prête ?
Dans ma bibliothèque m'attendent déjà I am a cat de Natsume Sōseki et After Dark de Haruki Murakami. Pour le dernier, un petit tour sur le site de Shunkin me permettra de trouver des idées pour un petit bouquin moderne à acheter lors mon prochain retour en France !
Rendez-vous l'an prochain pour le bilan, et pour plus d'information, allez faire un tour sur le blog de Choco.

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lundi 5 juillet 2010

Neverwhere, de Neil Gaiman

Reçu le lundi 5 juillet 2010, 19 reviews
Résumé :
Richard Mayhew vit à Londres une vie sans histoire, travaille dans un bureau, s'apprête à se marier, lorsqu'il sauve la vie de Porte, une jeune fille qui a le don de savoir ouvrir tout ce qui peut s'ouvrir. Cet événement fait basculer sa vie. Sa fiancée le quitte, ses proches ne le voient plus, sa vie semble n'avoir jamais existé.
Il découvre alors qu'il existe un Londres d'En Bas, souterrain, peuplé de mendiants qui parlent aux rats, et de toute une société féodale et magique. Il décide de suivre Porte à la recherche des assassins de son père, dans l'espoir de trouver un moyen de reprendre une vie normale.

Mon avis :
La saga Gaiman est en route, et elle n'est pas encore prête de se terminer ! Après L'Étrange Vie de Nobody Owens, c'est de Neverwhere que je vais venir vous parler cette fois-ci. Bien que n'ayant qu'effleuré son œuvre, j'ai toujours eu une grande considération pour cet auteur, et ça explique peut-être pourquoi je trouve (jusqu'à présent) tout ce qu'il fait génial. Ou peut-être est-il en effet génial, tout simplement. Tout ce que je peux vous conseiller, c'est de vous lancer pour en juger par vous même, et Neverwhere est sûrement un excellent livre par lequel commencer.

La vie morne de Richard Mayhew n'a pas grand chose d'intéressant au début de cette histoire. Un boulot banal, une petite amie hautaine et franchement agaçante... bref, le bonheur comme on n'en rêve pas. Pourtant, lorsqu'il sauve Door, une mystérieuse jeune fille poursuivie par deux étranges types, il se retrouve hors de cette vie, invisible aux yeux de tous hormis ceux du Londres d'En Bas, où il va chercher désespérément à retrouver sa vie telle qu'elle était avant l'intervention de Door.

La trame est simple : un homme est embarqué contre son gré dans la vie d'un autre Londres et il devra mener une quête pour retrouver son quotidien. Ce qui ne l'est pas, par contre, c'est la façon dont elle se déroule ; depuis les égouts, où des hommes rats l'enverront à la recherche du marché qui apparaît à des endroits insolites, aux ponts dont les ténèbres avalent les gens et jusqu'aux stations oubliés du métro, encore traversées d'étrange voitures aux habitants insolites, Richard ne va pas se contenter d'une minable petite quête. À grand renfort de plaintes, de désespoir et de résignation, il va suivre la jeune Door, qui cherche pourquoi on a assassiné sa famille, accompagnée de son dangereux garde du corps Hunter et du marquis de Carabas, un incroyable personnage à la langue bien pendue qui ne cache pas son aversion pour Richard et sa pathétique condition d'homme ordinaire.


Croup & Vandemar, ©DigitalCanvas
Les personnages sont tous fantastiques dans leur genre, à la fois proches du réel mais avec leur indéniable côté farfelu. Door, l'ouvreuse de toutes les portes, Hunter et sa mystérieuse réputation d'invincible, le Marquis à la fois sournois, malin et déjanté, et Richard qui sous ses airs de grognon cache bien son courage et sa bravoure, digne d'un vrai héros de contes de fées - le côté "à l'ouest" en plus, bien sûr. Une multitude de personnages secondaires viennent compléter le tableau : que ce soit des hommes rats, des coureurs de toits ou de séductrice jeunes femmes à l'haleine fraîche, ils ne sont pas en reste dans cette histoire qui est une vraie incursion dans un "autre" monde plein de curiosités.
Impossible également de passer à côté de Mr Croup et Mr Vandemar, les deux experts en torture et autres actes malsains qui pourchassent nos héros, et dont les répliques sont souvent tout à fait jouissives (et qui m'ont étrangement rappelé les personnages d'Abarat de Clive Barker). Les meilleurs méchants qu'on puisse avoir, c'est moi qui vous le dit.
Cela dit, le marquis et ses réparties bien senties reste mon préféré !

The marquis breathed heavily on his fingernails and polished them on the lapel of his coat. "I have always felt," he said, "that violence was the last refuge of the incompetent, and empty threats the final sanctuary of the terminally inept."
J'ai eu envie de secouer Richard d'un bout à l'autre, ce héros malgré lui qui n'est pas très décidé à se lancer dans l'aventure et qui préférerait se blottir sous sa couette pour les années à venir. Son comportement reste cependant tout à fait crédible et compréhensible - vous y croiriez, vous ? - et son côté gentleman le sauve d'une image totalement pathétique. Door est une jeune fille aventureuse qui n'a peur de rien, bien mature sur son âge, et le fait que l'histoire ne tombe pas dans la niaiserie (ce qui arrive souvent dans les histoires avec deux héros de sexe opposé) est plus qu'appréciable. Gaiman sait ce qu'il veut faire et il le fait très bien : un roman fantastique, d'aventure, de quête, de trahisons et de sauvetages, sans rien de superflu à côté.

Je serais bien à mal de trouver les points négatifs de ce livre ; je m'attendais sûrement à un total coup de cœur, et bien que j'aie adoré cette lecture je n'ai pas ressenti de petit pincement en la terminant, sans pouvoir expliquer pourquoi. Je pense que l'auteur aurait peut-être pu développer un peu plus l'univers, mettre l'accent sur les merveilles du marché, le monde souterrain... Ça reste tout de fois un reproche mineur.
Un désagréable sentiment de déjà vu avec Un Lun Dun, lu le mois dernier, m'a sans doute aussi gâché un peu ma lecture. Alors que j'avais beaucoup aimé le livre à ma première lecture, maintenant que j'ai lu sa "source d'inspiration" je suis un peu déçue par tous les éléments qu'a réutilisés Miéville.

Enfin, tout ça pour dire... il est temps de le lire ! Un livre pour tous les âges et tous les goûts (et qui se lit très bien en anglais), ce n'est pas souvent que ça se trouve, profitez-en.
Et pour terminer...
"I turn my head, and you may go where you want.
I turn it again, you will stay till you rot.
I have no face, but I live or die
by my crooked teeth–who am I?"
Vous avez deviné ?

Ma note : 9/10

Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune avec Leyla, Frankie, Lelf, Mélo, Lauredumiroir, Alice et organisée par Lexounet. Allez lire leur avis !


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Lilyn Kirjahylly Copyright © 2011, by The Scary Cupcake & Mr Pink Eyes
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