vendredi 30 avril 2010

L'Etrange Vie de Nobody Owens, de Neil Gaiman

Reçu le vendredi 30 avril 2010, 13 reviews
Résumé :
Nobody Owens est un petit garçon parfaitement normal. Ou plutôt, il serait parfaitement normal s'il n'avait pas grandi dans un cimetière, élevé par un couple de fantômes, protégé par Silas, un être étrange ni vivant ni mort, et ami intime d'une sorcière brûlée vive autrefois. Mais quelqu'un va attirer Nobody au-delà de l'enceinte protectrice du cimetière : le meurtrier qui cherche à l'éliminer depuis qu'il est bébé. Si tu savais, Nobody, comme le monde des vivants est dangereux...

Mon avis :
Avalé en quelques jours seulement, ce livre a été un vrai petit moment de bonheur à savourer, et sans aucun doute un nouveau coup de cœur. C'est un peu attendu, bien sûr ; il faut dire qu'avec Gaiman, on est rarement déçu. Son talent à raconter des histoires brille une fois encore ici, avec un court mais excellent roman que je ne manquerai pas de relire à l'occasion. Venez faire un tour au cimetière, Nobody vous y attend...

De l'autre côté des grilles, ce n'est pas un vieux ramassis de pierres tombales rongées par la mousse que vous allez trouver, mais un petit garçon portant un linceul gris et se déplaçant librement dans son immense maison. Élevé par un couple de fantômes et éduqué par tous les revenants de ce joyeux cimetière, Nobody va apprendre à s'Effacer, à effrayer et à rentrer dans les songes, mais aussi à lire, compter et écrire, comme un enfant normal. Il va découvrir que la vie hors du cimetière est semée de dangers, et que ses talents fantomatiques ne peuvent l'aider en dehors de sa demeure. Pourtant, s'il veut venger sa famille et se débarrasser de celui qui le guette depuis sa naissance, il va bien falloir qu'il s'y aventure...

Neil Gaiman a un don particulier pour raconter des histoires, c'est indéniable. D'un livre que je qualifierai jeunesse, il arrive à faire un improbable conte morbide, drôle, triste et rempli d'aventures que mènent ses personnages tous plus attachants les uns que les autres. On voit à peine le temps passer en lisant, et c'en est presque dommage que le livre soit si court ; j'aurais pu en lire au moins le double !

Au fil de l'histoire, on suit Nobody dans sa croissance, sa découverte du monde qui l'entoure et de sa condition de vivant parmi les morts, de citoyen libre de ce cimetière auquel il ne peut pas vraiment appartenir. Tout le monde le chouchoute mais c'est avec les vivants (ou presque) qu'il aime traîner et vivre des aventures. On comprend sa détresse envers le monde extérieur qui lui paraît merveilleux mais qui ne le comprend pas, et bien que sa vie soit en péril hors du cimetière, l'envie de le pousser à explorer le monde est toujours présente.

Et Nobody n'est pas le seul personnage intéressant ! Le mystérieux Silas, son tuteur et meilleur ami qui n'est ni mort ni vivant, occupe une place importante dans l'histoire. Son amie et enseignante temporaire Miss Lupescu est un vrai petit coup de cœur personnel, une femme stricte mais pétrie de bonnes intentions, touchante à sa façon de vouloir protéger Bod. La petite Scarlett vient se glisser dans le rôle typique de la potentielle prétendante mais l'auteur a le talent de déjouer les clichés pour lui donner son très bon rôle, tout comme Liza la sorcière. Et le méchant, accompagné de pages noires et d'inquiétantes illustrations, et parfait dans son rôle à multiples facettes, toujours mystérieux mais aussi tordu qu'il faut l'être pour venir s'attaquer à notre petit héros.

Pour faire évoluer tout ce petit monde, Gaiman a créé le cimetière aux multiples surprises, ainsi qu'une petite ville étrange pour l'entourer, avec ses enfants cruels, ses habitants qui se laissent envoûter et ses créatures de la nuit qui se fondent dans la masse. Ce n'est pourtant pas la peur mais bien le mystère et l'humour qu'il distille, à travers le courage d'un petit garçon et l'élucidation d'un crime qui tient particulièrement en haleine sur la fin - où on ne peut s'empêcher de s'inquiéter un instant pour le sort de Nobody. Les petites épitaphes originales disséminées un peu partout dans le livre sont un vrai bonheur et arrachent un sourire à chaque fois ; un sens du détail très appréciable !

Avant de terminer, un petit mot sur les illustrations de David Mc Kean : collant très bien à l'ambiance, elles apportent une petite touche d'originalité à l'histoire. Seul reproche, j'ai trouvé les "portraits" un peu trop déformés et aurait préféré qu'il se limite aux silhouettes.

J'ai passé un merveilleux moment avec ce livre, que j'ai refermé avec un petit sourire et un soupir d'être arrivée si vite au bout. Seule consolation - les autres œuvres de l'auteur qui m'attendent dans ma bibliothèque. Prochain arrêt : Neverwhere !

Ma note : 9,5/10

Ce livre a fait l'objet d'une lecture commune avec Azariel87, Leyla, Wilhelmina, Kactusss, El Jc, Frankie, Bambi_Slaughter, Alice et Lexounet. Allons voir ce qu'ils en ont pensé !




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vendredi 23 avril 2010

Cabale, de Clive Barker
Posté par Mr Muffin

Reçu le vendredi 23 avril 2010, 4 reviews
Résumé :
Indices monstrueux d'une vie secrète... Douze personnes massacrées, mutilées ! Images d'une folie à l'œuvre. La sienne ? Terrifié, Boone contemple la liasse de photos que Decker, son psychiatre, lui a lancée. Oui, tout laisse à penser qu'il est bien ce tueur sanguinaire qui terrorise la région. Accablé de tourments, car il ne se souvient d'aucune de ses actions meurtrières, Boone tente de mettre fin a ses jours, mais échoue. C'est à l'hôpital où il est soigne qu'il entend parler de Midian, ville fantôme, refuge des enfants de la nuit, nécropole souterraine cachée du monde qui rassemble les exclus de la société humaine. Un havre d'exil dont Lori, Eurydice passionnée, va devoir affronter les ténèbres. Et l'enfer ne fait que commencer...

Mon avis :
J'aime beaucoup le film Nightbreed, basé sur ce livre et réalisé par Barker lui-même. Pourtant, Clive Barker a toujours dit qu'il était très frustré par le résultat final à cause des nombreux changements que la production lui a imposé sur le script. J'ai donc toujours eu une certaine envie de le lire pour voir de quoi il en retournait, mais n'avait jamais eu le courage de le faire - jusqu'à maintenant.


Image tirée du film Nightbreed
De passage à Stockholm et à la recherche un livre rapide à lire, je suis tombé par hasard (ou plutôt, Miss Spooky Muffin m'a tendu) cet exemplaire de Cabal et, la superbe couverture aidant, j'ai décidé qu'il était enfin temps que je le lise. De plus, le livre est court (250 pages environ), ce qui me convenait tout à fait.

On suit donc l'histoire de Boone, un jeune homme, apparemment en proie à des épisodes psychotiques qui ressemblent fort à des crises de schizophrénie. Et quand le psychiatre qui semblait avoir réussi à le guérir lui montre les preuves qu'il a en fait tué une douzaine de personnes sans s'en rappeler, il doit se rendre à l'évidence : il n'est rien de plus qu'un monstre. Et il va alors découvrir où les monstres se terrent pour vivre entre eux, la cité des damnés dont même la mort ne veut pas : Midian.

Ai-je vraiment besoin de dire à quel point Clive Barker est un auteur incroyable? Ici, il nous emmène dans une foire aux monstres, les personnages les plus odieux n'en étant pas forcément ses habitants. Le ton global de l'histoire est sombre mais sans être exagérément gore.

L'histoire se divise essentiellement en deux points de vue : celui de Boone et celui de Lori, la petite amie de celui-ci. Cette division apporte un bon équilibre dans le récit - d'un coté, l'aspect dur de celui qui veut rejoindre Midian, de l'autre l'innocence de celle qui veut retrouver celui qu'elle aime. Du moins, jusqu'à ce que tout s'entremêle et que la situation se complique.

C'est dur de décrire ce livre sans trop en révéler. Comme je l'ai dit, il est court et l'histoire est très complète, ne laissant que très peu de place pour des événements en dehors de la trame principale. C'est d'ailleurs un des points forts de cette œuvre : cela rend le récit difficile à lâcher en cours de route et on se souvient facilement du rôle des protagonistes. On apprécie aussi que les descriptions des monstres soient assez détaillées pour qu'on comprenne justement leur "monstruosité", mais suffisamment vagues pour que chacun en façonne son propre portrait.


'Who the fuck are you?' the voice demanded.
He was a bad liar; the truth was safer.
'My name's Boon. I came here... I came to find Midian.'
Did the hold on his belly relax a little when he named his purpose?
'Why?' a second voice now demanded. It took Boone no more than a heart beat to realize that the voice had come from the shadows ahead of him, where the wounded beast stood. Indeed from the beast.
'My friend asked you a question,' said the voice at his ear. 'Answer him.'
Boone, disoriented by the attack, fixed his gaze again on whatever occupied the shadows and found himself doubting his eyes. The head of his questionner was not solid; it seemed almost to be inhaling its redundant features, their substance darkening and flowing through socket and nostrils and mouth back into itself.

Un autre point positif du livre est qu'il est parsemé d'illustrations de Barker lui-même. Néanmoins, rien d'aussi représentatif que celles contenues dans Abarat par exemple. Elles sont ici beaucoup plus subjectives, et ont un aspect presque tribal qui se marrie très bien avec l'atmosphère de Midian.

Si on veut vraiment souligner quelque chose de moins bon dans le livre, je dirais la fin. Sans trop en dévoiler, elle est un peu trop romancée à mon goût et laisse présager une suite qui n'a jamais écrite pour le moment (ou alors prévenez-moi). Si Cabal reste toutefois un livre culte à lire pour tout fan de fantastique, je n'irai pas jusqu'à dire que c'est son meilleur ouvrage. Sans doute aurait-il gagné un peu en profondeur à être plus long et détaillé, et il manque également le petit arrière goût de souffre qui m'était resté après la lecture de Coldheart Canyon et Imajica.

Si vous ne connaissez pas encore Barker, ou si vous n'avez lu que ses romans destinés aux plus jeunes (Abarat et Le voleur d'éternité), c'est à mon avis le livre parfait pour le découvrir : pas trop violent, passionnant et terriblement fantasmagorique.

Ma note : 9/10



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jeudi 22 avril 2010

Kick-Ass,
de Matthew Vaughn

Reçu le jeudi 22 avril 2010, 9 reviews
Synopsis :
Dave Lizewski est un adolescent gavé de comics qui ne vit que pour ce monde de super-héros et d'incroyables aventures. Décidé à vivre son obsession jusque dans la réalité, il se choisit un nom – Kick-Ass – se fabrique lui-même un costume, et se lance dans une bataille effrénée contre le crime. Dans son délire, il n'a qu'un seul problème : Kick-Ass n'a pas le moindre superpouvoir... Le voilà pourchassé par toutes les brutes de la ville. Mais Kick-Ass s'associe bientôt à d'autres délirants copycats décidés eux aussi à faire régner la justice. Parmi eux, une enfant de 11 ans, Hit Girl et son père Big Daddy, mais aussi Red Mist. Le parrain de la mafia locale, Frank D'Amico, va leur donner l'occasion de montrer ce dont ils sont capables...

Mon avis :
Je vais essayer de ne pas trop m'étendre cette fois-ci car ce film n'a pas besoin d'une longue tirade ou d'une analyse quelconque. Je ne vais pas vous dire quels personnages étaient biens et lesquels ont plombé l'ambiance, ni quels étaient les moments un peu clichés et ceux qui m'ont fait éclater de rire. Kick-Ass est un film drôle, un peu ridicule, franchement violent et - on peut le dire - excellent.
Juste, allez le voir, vous comprendrez.

J'ai entendu beaucoup de "j'aime pas les super-héros" quand j'ai parlé d'aller voir ce film. Eh bien ne vous inquiétez pas, eux non plus. Dave est juste un type sympa, totalement geek avec ses amis invisibles aux yeux des filles, qui décide d'enfiler un costume pour trouver le courage d'affronter les "bad guys" de New York. Bonne idée et... mauvaise idée. Heureusement que ce brave Dave ne craint pas trop les coups, parce qu'il s'en prend beaucoup dans ce film (âmes sensibles, s'abstenir). Mais quand deux maniaques des armes - un père et sa fille - décident de s'allier à lui pour accomplir une vengeance personnelle, les coups passent des poings au bazooka, et aïe mes amis, ça ne rigole plus...

Le film est truffé de situations grotesques, clichés ou hilarantes, et bien que la salle ne soit pas très remplie, tout le monde s'est bien amusé pendant le film. Les quelques interludes "comics style" sont également sympa et apportent leur part d'originalité. Alors si vous avez envie de rire, de grimacer et de voir un peu de baston en règle, c'est l'occasion rêvée.

You're gonna get your ass kicked!

Ma note : 8,5/10



Long-métrage britannique, américain
Genre : Action, Drame
Durée : 01h57min
Année de production : 2009
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Date de sortie en France : 21 avril 2010

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dimanche 18 avril 2010

10 jours de manga [à venir]

Reçu le dimanche 18 avril 2010, 7 reviews
10 jours de manga ? Eh bien oui, pour quelqu'un qui lit autant de manga que moi, c'est tout de même un comble que je ne vous en aie jamais parlé... alors voilà, pendant dix jours, je vous présenterai un manga chaque soir, en espérant vous donner l'envie d'en (re)lire !

L'événement débutera le 1er mai - et se terminera bien évidemment le 10. Je ne peux malheureusement pas vous présenter tous mes manga, mais après une intense réflexion, j'ai sélectionné mon top 10. Cela ne suffira pas à couvrir tout ce qu'il faudrait couvrir, mais c'est déjà un début !

Avant tout, je préfère préciser que les manga qui seront présentés ici ont pour la plus part un classement adulte (+ de 16 ou 18 ans). Ce n'est pas à mettre dans toutes les mains, mais ça ne veut pas non plus dire que ça ne vaut rien. Ils se rangent dans la catégorie yaoi (Le Yaoi (やおい) est un genre de mangas et animes, le plus souvent pour filles, dans lequel l'intrigue est centrée autour d'une relation homosexuelle entre personnages masculins), un genre qui commence à percer en France après son récent succès américain.

Parmi les auteurs à retenir, j'ai envie de citer Yamane Ayano, Kazusa Takashima, Hirotaka Kisaragi, Shinri Fuwa, Bohra Naono, Takatsuki Noboru (illustration ci-dessus), Yamato Nase, Yoneda Kou, Nitta Youka, Shimizu Yuki ou encore l'excellente Toko Kawai (dont je vous présenterai quelques œuvres). La liste est longue mais je vais m'arrêter ici pour l'instant, j'espère ne pas vous avoir perdu en route.

Rendez-vous le mois prochain pour jeter un œil à tout ça !



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samedi 10 avril 2010

Alice au Pays des Merveilles [défi]

Reçu le samedi 10 avril 2010, 0 reviews
Je me laisse encore une fois tenter par un défi (ce n'est pas comme si j'avais déjà une montagne de livres à lire, bien sûr...), cette fois-ci organisé par de.w et qui porte sur Alice au Pays des Merveilles.

Les conditions :
Lire entre 3 et 5 livres se rapportant à l'univers d'Alice au Pays des Merveilles, incluant les romans d'origine, les albums jeunesse, les BDs, les mangas, les romans, le livre du film de Tim Burton, le livre du Film de Disney et les oeuvres qui ne reprennent qu'un élément ou personnage du conte (à expliquer). La date limite est le 31 décembre 2010.

Ma participation :
Je n'ai pas choisi ce défi uniquement parce que j'aime Alice au Pays des Merveilles, même si ça joue pas mal : j'ai dans ma bibliothèque l'intégrale de Lewis Carroll, soit Alice in Wonderland et Through The Looking-Glass & What Alice Found There, et (bientôt) l'album Alice au Pays des Merveilles de Xavier Collette & David Chauvel, ce qui représente déjà l'occasion de lire 3 livres ! Pour les deux autres, j'ai choisi Aliss de Patrick Sénécal (que je viens de commander) et enfin Coraline & other stories de Neil Gaiman (que j'ai commandé hier) pour le parallèle avec le monde imaginaire et le chat parlant.
Rendez-vous à la fin de l'année pour le résultat !

Les détails à propos du défi sont sur le site de de.w et sur Livraddict.

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mercredi 7 avril 2010

Les Fables de l'Humpur, de Pierre Bordage

Reçu le mercredi 7 avril 2010, 13 reviews
Ce livre a été lu dans le cadre d’un partenariat entre et
que je remercie tous les deux pour cette surprenante découverte.


Résumé :
Dans les pays de la Dorgne, des êtres mi-hommes, mi-animaux perdent peu à peu leur patrimoine humain et s'enfoncent lentement dans la régression animale. Tribus dominantes carnivores, communautés agricoles servant de nourriture aux clans prédateurs, tous sont soumis par le clergé aux lois de l'Humpur, qui punissent de mort les mélanges entre les clans et les comportements individualistes. Parce qu'il ne supporte pas de voir la jeune Troïa qu'il aime livrée aux appétits collectifs lors de la cérémonie rituelle de reproduction, Véhir brise l'enclos de la fécondité et s'enfuit en quête des derniers dieux humains de la légende. Lui, le grogne paysan, va accomplir ce chemin en compagnie de Tia, une jeune prédatrice hurle en exil...

Mon avis :
Par où commencer ? Ce livre est l'un des plus bizarres qu'il m'ait été donné de lire depuis longtemps. Je l'ai choisi un peu à cause de la maison d'édition, que j'apprécie notamment parce qu'elle publie Poppy Z Brite, un peu à cause des bons échos sur Bordage que j'ai entendus sur le forum de Livraddict, et beaucoup à cause de la couverture, qui je le confirme est superbe - l'arrière comporte même une illustration en jeu de texture et de lumière du héros de l'histoire.
Et puis, une fois les deux premiers chapitres lus, je me suis dit "qu'est-ce que c'est que ce truc ?" ; après la première moitié, "ouais, admettons..." ; et arrivée aux quatre cinquièmes, j'ai littéralement dévoré la fin pour reposer le livre avec un "whoua" qui m'est resté quelque temps en tête (un très bon signe, je vous le dit).
Attardons-nous un instant sur les raisons de tout cela.

Si l'intrigue semble assez banale - un paysan décidé à sortir de sa condition qui parcourt le pays avec d'hétéroclites compagnons de route à la recherche de chimères -, le contexte lui l'est beaucoup moins. Car le héros n'est pas un preux jeune homme, mais une créature mi-humaine mi-cochon qui se libère du joug de sa communauté anti-individualiste pour partir à la recherche des dieux humains de la légende, détenteurs du savoir qui se perd petit à petit. Rejoint par une leude qui le sauve de la mise à mort, ils se lancent à travers le pays de la Dorgne pour atteindre le Grand Centre, où sont réputés se montrer les fameux dieux humains. En chemin, ils vont croiser les étranges créatures qui peuplent ces (hostiles ?) contrées et lutter contre d'autres qui essaieront de faire échouer leur périple.

Il y a un petit coté "le bestiaire de l'imaginaire" qui ressort dans ce livre, et j'avoue que j'ai dû plus d'une fois me creuser la tête pour savoir ce qu'un Ronge ou un Gronde était. L'auteur n'est pas avare en descriptions, celles-ci sont d'ailleurs très bien dosées, mais il a choisi de ne pas divulguer les animaux dont sont constituées ses créatures. Un peu frustrant, mais ça fait travailler le cerveau, indéniablement.

L'univers est un mélange de connu et d'étrange, finement mis en place, et on suit sans mal le chemin des héros. Le côté féodal et primitif fait penser aux récits de Fantasy habituels (Robin Hobb me vient en tête) mais le fait que ce soit peuplé de créatures parlant un affreux patois apporte de l'originalité et gomme la sensation de déjà-vu. De plus, la réflexion plus ou moins constante sur la place de chacun, le rôle des faibles et des forts, des proies et des prédateurs et la peur qui en découle donne de la profondeur au récit et rend Véhir plus attachant qu'on pourrait le croire au premier abord.

Parlons un instant, du fameux patois ; dès le début, j'ai fait la grimace devant le parler cru et "limité" de nos braves individus, et j'avoue que la progression lente de celui-ci vers un langage courant m'a rassurée. Sans trop savoir si l'auteur a lui-même inventé de nouveaux mots ou juste repris un vieux langage existant, j'admire tout de même l'effort de travailler sur le langage en usant savamment des deux parlers. Même si le premier me fait grincer des dents, on s'y habitue sans trop de difficultés au fil de la lecture.

Reste maintenant la raison pour laquelle la fin m'a autant émerveillée, et pour laquelle je vais donner une très bonne note à ce livre : j'aimerais beaucoup vous la donner mais cela gâcherait tout le plaisir, j'en suis sûre. Tout ce que je peux dire, c'est que je ne me suis doutée de rien (comment ça, je ne me doute jamais de rien ?) et que j'ai été tout à fait soufflée par la fin. Pas tellement le dénouement, mais la grande explication de toute cette histoire et de ce monde.

Je m'étais attendu à des fables et c'est finalement une grande réflexion humaine comme je les aime à laquelle j'ai eu droit, et j'en suis très heureuse. Je reste très admirative du travail de Bordage sur la cohérence et le sens des détails dont il a fait preuve avec cette histoire, et je ne manquerai pas de me procurer d'autres de ses livres pour voir si la magie opère à chaque fois. Espérons-le !

Ma note : 8,9/10 (j'enlève un dixième pour le langage cru, pas de pitié)

Je vous invite à faire un tour chez Lelf, Ryuuchan, Taliesin, Lexounet et dabYo qui ont eux aussi apprécié leur lecture.

Je note également toutes les suggestions concernant les autres ouvrages de l'auteur à lire, avis aux connaisseurs !


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Lilyn Kirjahylly Copyright © 2011, by The Scary Cupcake & Mr Pink Eyes
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