jeudi 11 février 2010

Burton on Burton, sous la direction de Mark Salisbury

Reçu le jeudi 11 février 2010, 12 reviews

Extrait de la préface :
« [Burton] est pour moi un véritable génie, et je n’utilise pas ce mot avec beaucoup de gens, vous pouvez me croire. On ne peut pas mettre d’étiquette sur ce qu’il fait. Ce n’est pas de la magie, parce que ça impliquerait une sorte de supercherie. Ce n’est pas juste une compétence, parce que ça voudrait dire qu’il l’a apprise. Ce qu’il a est un don très spécial qu’on ne voit pas tous les jours. Ce n’est pas assez de l’appeler un réalisateur. Le rare titre de « génie » lui convient mieux… pas seulement pour ses films mais aussi ses dessins, ses photographies, ses pensées, sa perspicacité, ses idées… Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi décalé s’intégrer aussi bien. »
Johnny Depp

Résumé :
Bien que toujours dans la trentaine, Tim Burton s’est établi ces quinze dernières années comme l’un des grands visionnaires du cinéma. Avec des films comme Batman, Beetlejuice, Edward aux mains d’argent, L’Étrange Noël de Mr Jack, Ed Wood, et plus récemment, Sleepy Hollow, il a continuellement bravé de nouveaux territoires, à la fois visuellement et thématiquement, explorant la sombre angoisse – en même temps que l’humour noir – qui animent beaucoup de ses personnages, tout en créant une image densément texturée, parfois étrange, spécifique à chaque film.

Dans Burton on Burton, Burton parle de son étrange apprentissage comme animateur chez Disney, de l’importance du design dans ses films, et des thèmes récurrents que l’on retrouve dans son travail. Il discute également de l’influence des films de science fiction des années 50 et 70 sur Mars Attacks! ainsi que de la façon dont il a conçu cette approche très stylisée du décor de Sleepy Hollow, sa version acclamée de l’histoire de Washington Irving avec Johnny Depp dans le rôle principal, probablement l’acteur que l’on identifie le mieux au travail de Burton. Comprenant des photos de tournage, des extraits de scripts et des illustrations de ses films majeurs, Burton on Burton apporte des informations sur l’homme et son œuvre qui éclairent à la fois son unique vision artistique et les films extraordinaires qui en ont résulté.

Mon avis :
Difficile de donner son avis sur un livre comme celui-ci, mais pourtant je ne peux pas laisser passer l'occasion de vous le faire découvrir. Je ne suis pas la seule fan de Tim Burton en ce bas-monde, heureusement, et quiconque curieux de découvrir cet étonnant réalisateur peut être intéressé par ce livre. Car ce n'est pas juste une biographie, pas juste des faits relatés de façon ennuyeuse comme on le voit souvent... non, ce livre vous plonge dans les méandres de l'esprit de Burton, et c'est un vrai plaisir de connaître sa vision de ces films qui nous ont tous (ou presque) fait un jour rêver.

Burton a commencé sa vie comme animateur chez Disney, et s'il leur est reconnaissant de certaines choses, il ne leur est sûrement pas de d'autres. Comme devoir dessiner des scènes de Rox et Rouky, par exemple. Étonnant que les mignons petits renards larmoyants ne soient pas son truc, n'est-ce pas ? On apprend que Disney ne lui a jamais demandé de gros plans car il dessinait comme un pied, et pourtant ce sont bien ses dessins si particuliers que l'on retrouve au fil du livre, illustrations de chacun de ses films, chacun de ses projets qu'il ne peut mener à bien sans les coucher avant sur papier. Son niveau d'implication dans ses œuvres est assez impressionnant, et il explique qu'il doit s'identifier un minimum à un film pour pouvoir le réaliser. Je rejoins d'ailleurs son avis au sujet des livres : l'identification est la clé du succès.

Burton, à propos de Batman :
The film is like the duel of the freaks. It's a fight between two disfigured people. That's what I love about it. I was always aware of how weird it was, but I was never worried about it in any way. The Joker is such a great character because there is a complete freedom to him. Any character who operates on the outside of society and is deemed a freak and an outcast then has the freedom to do what they want. The Joker and Beetlejuice can do that in a much more liberating way than, say, Edward Scissorhands, or even Pee-Wee, because they're deemed disgusting. They are the darker side of freedom. Insanity is in some scary way the most freedom you can have, because you're not bound by the laws of society.

Edward, by Burton

On apprend aussi quelles sont les choses qui ont marqué Burton dans sa vie. Il avoue lui même qu'il n'a jamais beaucoup lu - pourquoi lire quand on peut regarder un film ? Et des films, il en a vu beaucoup. Des vieux films, des films d'horreur, des films kitsch... autant de pellicules qui l'ont marqué et influencé plus tard dans ses œuvres. Il parle de son admiration pour Vincent Price, que l'on retrouve en narrateur dans son tout premier court métrage et dans Edward aux Mains d'Argent ensuite, de sa passion pour le réel qu'offre l'animation face à la modélisation numérique, des films de Fellini qui n'ont aucun sens mais qu'il adore... de tout et de rien, quelque part, mais de tout ce qui compte vraiment. Il revient plusieurs fois sur le pouvoir des masques et du maquillage, et sur la libération qu'une tonne de maquillage peut apporter à une personne. On réfléchit au monde autrement après ça.

Burton, à propos des personnages de Batman Returns :
There is something about being hidden that in some weird way helps you to be more open because you feel freer. People would open up much more. They were always a little bit wilder, because something about wearing a mask protected them. It's something I have noticed in our culture and have felt myself. When people are covered, a certain weird freedom comes to the surface. It seems that the opposite should be true, but I've found that it isn't.

Cette passion pour l'animation, on la retrouve régulièrement chez Burton. Elle a commencé avec Vincent, Frankenweenie, L'Étrange Noël de Mr Jack, Mars Attacks!... la liste est longue. À chaque fois qu'il a fallu choisir entre l'ordinateur et la création manuelle, il s'est toujours tourné vers cette dernière. Jusque dans Big Fish, où il a préféré faire planter un champs de fleurs plutôt que de faire jouer l'acteur devant un fond bleu. Eh oui, c'est ça aussi les génies ; il faut accepter leur petites manies. Mais une manie qui est là pour servir le film - son irréductible priorité - ce serait difficile de la lui reprocher.



Burton parle aussi des gens qui l'ont accompagné depuis le début. Du côté de Hollywood, ce sont les regards méfiants et grimaces ennuyées qui l'ont souvent accueilli, mais il a heureusement su s'entourer d'artistes qui partagent sa vision des choses. Des animateurs d'abord, Selick et ses confrères, des musiciens, dont le célèbre Danny Elfman qu'il a lui même lancé au début de sa carrière, puis d'autres producteurs, à qui il a confié certains de ses films, et surtout des acteurs : Johnny Depp, l'homme qui le comprend sans avoir besoin de parler, celui capable de se mettre dans la peau de ses personnages mieux que personne ; Michael Keaton, celui qui l'a aidé dans ses débuts difficiles ; Jack Nicholson, le Joker aux milles visages ; et Helena Bonham Carter, sa douce et tendre qu'il est toujours gêné de présenter comme actrice pour ses films, mais toujours ravi de voir jouer avec talent ses personnages. Et je ne cite ceux-là que pour faire court, c'est vous dire.

S'il y a une chose à laquelle Burton tient, en dehors des squelettes et des rayures blanches et noires, c'est bien la connexion qui doit se faire entre un réalisateur et les gens avec qui il travaille. Tout au long du livre, on découvre qu'il n'y a jamais de "je connaissais cet acteur et il jouait bien" ou de "ce scénariste est très côté alors je l'ai engagé". Non, ce qu'on retrouve toujours, c'est "on a discuté et j'ai senti qu'il y avait une connexion". Pour quelqu'un d'aussi mauvais en relations humaines, Burton a besoin de ce déclic avec les gens, celui qui lui permet de leur donner ses dessins ou bafouiller ses idées pour qu'ils en fassent le film parfait, et petit à petit, on se sent nous aussi connecté à cet esprit étrange, parfois incompris, souvent étiqueté à tort, et qui défend ses convictions avec ardeur.


Burton, au sujet de Sleepy Hollow :
Lately I haven't paid any attention to what's going on in the movie business or the States. It's best not to look at it, and to just keep trying to do what you want to do. It's also temporary, this whole business - one second they want you, the next they don't, then they do again. It somehow seemed easier at the beginning when people really didn't know you. You just kind of did it and were flying below the radar, so to speak. Now you get marked for certain things: 'Oh, he likes weird things' or 'He spends too much money' - whatever rap they want to pin on you. That's the thing in Hollywood - they like to label everybody. The labels can change, but they stick with you until you're re-labelled.

Alors si votre curiosité, votre esprit cinéphile ou votre âme d'enfant se demande qui est Tim Burton, ce livre est pour vous. Il est en anglais, c'est vrai, il est assez long, c'est vrai aussi, et il ne parle pas de tous ses films (bien qu'il existe une nouvelle édition révisée depuis celle-ci), mais malgré tout ça, ce livre est un petit morceau de la vie d'un génie, raconté par ce même génie. Franchement, ça vous arrive souvent de voir ça ?

Ma note : 10/10

Allez jeter un œil à l'article de Constance93 si vous hésitez encore !

Reviews (12)

Le 11 février 2010 à 08:39 , Pauline a dit…

Ah!!! Super billet.
Quelle bonne idée cadeau que voilà!! Merci bien^^

Le 11 février 2010 à 09:34 , Flof13 a dit…

Il n'existe pas en français ? Parce qu'ici à la maison, il y a de gros fans qui seraient ravis... En tout cas, contente de lire une autre fan !

Le 11 février 2010 à 10:05 , Miss Spooky Muffin a dit…

@Flof13 : Il existe en français, je t'ai mis un lien à la fin du post, mais il est apparemment difficile à trouver. Un excellent cadeau en tout cas !

Le 11 février 2010 à 13:09 , Folfaerie a dit…

Merci pour ce très bon billet ! Pour moi aussi Tim Burton est un génie. Même si je n'aime pas 100% de sa filmo, je le considère comme un artiste complet, un créateur à la personnalité originale et attachante, et quoiqu'il arrive, je lui dois mes meilleurs souvenirs cinéma. Heureusement qu'il existe encore des hommes comme lui dans ce monde si formaté...

Le 11 février 2010 à 14:05 , Miss Spooky Muffin a dit…

Je ne sais pas si on peut dire que j'aime 100% de sa filmographie non plus mais j'aime son esprit, la façon dont il voit les choses et pourquoi il les fait. On apprend plein de choses sur pourquoi il a choisi de faire tel ou tel film dans le livre, et j'ai vraiment trouvé ça passionnant.

Le 13 février 2010 à 22:04 , Ys a dit…

Je découvre ton blog aujourd'hui, quel plaisir que ce soit avec Tim Burton !
Un très bon livre existe en français, pour ceux qui ne causent pas la langue de Shakespeare : "Tim Burton" d'Antoine de Baecque, éditions Cahiers du cinéma.

Le 13 février 2010 à 23:09 , Miss Spooky Muffin a dit…

Je connais ce livre, ai hésité à l'acheter pendant un moment, pour finalement le garder quelque part dans mes envies. J'ai cependant l'impression que c'est plus une biographie écrite par de Baecque, alors que le charme de Burton on Burton réside dans le fait que ce sont ses propres mots. Mais peut-être est-ce le cas aussi dans les Cahiers du cinéma ?

Le 17 février 2010 à 16:07 , 100choses a dit…

Il faut absolument que je lise ce livre! je note.

Le 6 mars 2010 à 20:14 , Alice a dit…

J'ai un ami complètement fan, il a fait ses deux mémoires de master sur Burton. D'ailleurs c'est lui qui m'a refilé le virus ^^ Bref, le bouquin est chez lui, ça fait un moment que je le lorgne et je crois bien que tu m'as convaincue : j'vais lui piquer *o*

Le 7 mars 2010 à 11:25 , Miss Spooky Muffin a dit…

:D C'est la meilleure des solutions je crois, si tu peux le piquer à un pote il ne faut même pas hésiter !! Un mémoire de master sur Burton... je serais curieuse de voir ça.

Le 19 avril 2010 à 14:22 , constance93 a dit…

je viens de le lire... en français ! :D
mais j'ai été tout aussi charmée que toi Miss (si le cœur te dis d'aller lire mon billet : http://petiteslecturesentreamis.wordpress.com/2010/04/19/tim-burton-entretiens-avec-mark-salisbury/ )
les 300 pages n'ont duré que deux jours, il est maintenant que je retourne à ma très compliquée et obligatoire lecture :'(

Le 19 avril 2010 à 15:21 , Miss Spooky Muffin a dit…

Je suis ravie que tu sois aussi charmée que moi - comment ne pas l'être ? Je songe même d'ailleurs à acheter la prochaine édition révisée pour savoir ce qu'il dit de ses derniers films... affaire à suivre !

 

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